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jeudi 21 juin 2012

rentrer


"On ne pars pas, je sais...
On ne reviens pas non plus..."
                                                                               Nina

Nantes
juin
pluie

Comment retenir les mots si je n'écrit pas une ligne?
Quelque chose retient ma main. La pointe se pose sur le papier, y laisse un peu d'encre... Je regarde la tâche s'agrandir..
Que dire?
Que je suis rentrée à Nantes, que tout va bien ?
Que je prends le temps d’atterrir en voyant des ami-e-s?
Ce n'est pas seulement banal, c'est faux...

Je flotte, à la rencontre de mes espoirs, de mes doutes.

J'ai passée des heures, le nez collé à la vitre du tram ou scotché sur mes voisins.
J'ai cherché tout ce qui me différenciait d'eux.
Y a t-il  un "nous" dans ces moment où la terre tangue?
J'ai cherché les points de ruptures pour évaluer la distance.
Revenir à Nantes c'est revenir à mon point de départ mais à l'évidence tout est différent pour moi.

J'ai marché longtemps pour écouter le bruit de mes chaussures sur le bitume mouillé.
Où est la terre ici ?
Et il y a ces arbres qui surgissent de l’asphalte, sont ils encore en "vie" ?

J'ai cherché chaque instants les rayons du soleil parce que j'en avait faim.
J'ai trouvé le froid d'un contrôle de police, puis d'un deuxième.
L’humiliation, la violence de notre état sécurisé.
Welcome

Point de retour. Mes premiers maux sur ces tables.
Un bar.
Larmes qui s'écrasent.
Mots inutiles
Et ton regard qui me fuit...
Ce cœur qui s'échappe. Soupir ...
Au jour du commencement, à la base de la fracture, dans la plus noire de mes chambres,
Il y avait ce carnet.
Et me voit-là, à nouveau,
Je pers la chronologie
Et mesure
La quantité d’oxygène en plus.

Le changement.
La plus belle des marches finalement.
La plus ardue aussi.

Que me reste t'il de ma solitude vagabonde
Ces pages que j'ai noircies
Des poèmes que je nous ai écrit...

J'ai quitté Ouarzazat  un soir plein d'étoiles et de vent chaud, pressée. Je fis halte à Tanger pour remplir mes poches et faire durer le plaisir en chemin : quelques dattes, des cerises, un peu d'huile d'olive et des épices, de quoi survivre au moins.
Un bateau, si facile à prendre quand on est Français de papiers, pour me faire changer de continent. Comme pour me prouver que le voyage n'était pas fini, j'ai rencontré foule d'âmes ouvertes et de regards sympathiques.
J'ai traversé ce bras de mer en me disant qu'il était plus chargé d'histoire que nos bouquins d'école, et je regardais toute cette eau, ces kilomètres que nous, que j'ai , qu'ils ont appris à considérer comme la frontière entre le "chez nous" et le "là bas".
L' Espagne pour cette fois se résuma à Granada, la belle, la sublime. Cette  ville n'a rien perdue du charme dont je me souvenais, je la trouve envoutante, musicale, peut être bien parce qu'elle aussi est un peu arabe...
J’eus beau faire des efforts, le premier jour impossible d'être dans le bon sens : j'étais choqué des courtes tenus des jeunes femmes dans la rue, terrorisée quand un homme voulu me faire la bise, incapable de m'exprimer dans une seule langue ou d'évaluer le prix des choses en euro..

Peut être m'aurait il fallu plus de temps là bas pour que la France me paraisse moins oppressante, je ne sais pas... En tous cas il fut bien dur pour moi de revenir ici, et je ne parle pas du stop, dernier espace où la différence est encore une richesse et la rencontre possible.
Il fait froid sur le continent de la vieille Europe. Un voile de peur chaque fois que j'évoque les endroits où je suis passée. Dans la rue, le regard des gens évite celui des autre par une savante gymnastique de l'indifférence, et quand il s'attarde et qu'il y a rencontre , sourire, je m’emballe dans mes souvenirs pleins de soleil et balance mon enthousiasme comme Polok sa peinture.
Mais bien vite on s'inquiète, me questionne perplexe, me parle de danger, de ce que je porte entre les jambes, d'islam...
Je n'ai pas envie de m'agacer, ni de raconter que le monde est tout rose avec des petites fleurs blanches... Bien sûr tout le monde n'est pas "gentil" "là bas"... mais je n'ai jamais eu peur qu'on me laisse dormir à la rue. Ici oui.
Certe en France point de vendredi saint, de minaret ou de femmes voilées...mais point non plus d'enfants dans les rues, de petits vieux avec qui s'assoir devant les cafés , de chiens qui jouent ou de vendeuses de sandwich avec qui discuter.... Si tu as un problème, il me semble que tu l'a seul. Je ne trouve personne à rencontrer, personne qui puisse me raconter une histoire, personne pour me présenter sa famille... et du coup je ne sais plus bien ce que je fais là
 .. Comment vous expliquez, vous faire   sentir   que je ne veux pas me faire la "bonne copine" des opprimés,  mais que je ressens intrinsèquement nos discriminations, nos rejets comme une violence ... ?
Je ne veux pas de cette marginalité dont on étiquette mon mode de vie, mais je ne peux pas suivre le modèle social proposé. Il ne me nourri pas, je le trouve humainement trop pauvre, trop égoïste, et surtout il n'est fait que pour une élite occidentale.

Durant mes derniers kilomètres avant Nantes je reparlais de la Palestine. Je lâchais le flot de ma colère aux oreilles de mes auto-preneur-en-stop intéressés de connaître un peu plus les injustice faites aux Palestiniens.
J'étais triste de sentir ici aussi ce mur, cet aveuglement, mais si je pouvais le partager avec eux c'est que l'enclos n'est pas étanche.
Mon amour pour cette terre volée, leur empathie, les fraises qu'ils m'offrirent, ont ramenés à mon souvenir cette réalité : ici plus qu’ailleurs il y a à faire des ponts, à se battre pour libérer du "temps de cerveau disponible", pour que le "nous" soit plus important que la date des soldes, pour ne pas se laisser foutre dans le formol, pour que le bonheur ne soit pas une pub, pour qu'une personne différente ne soit pas vu comme un poid... et pour mille autre raisons .... C'est en fait ici que commence la bataille.
Pour l'instant je suis encore trop occupée à regarder d'où j'arrive et ce qui m'entoure, mais je ne compte pas laisser mourir cette révolte qui souffle en moi, plutôt la transformer, et pour cela il me faut apprendre encore.. Si je ne trouve pas ma place ici je sais que je ne suis pas la seule.
 Alors tout est possible

Un autre voyage commence
Celui de ce blog touche à sa fin.
Je sens ma tristesse à l'idée d’arrêter d'écrire ici. C'est un petit bout de moi qui meure.
Tous mes mots ici comme autant de besoin de partage. Une interface égoïste mais aussi l'un de ces fameux pont pour se rencontrer.
Comment savoir si cette aventure fut la mienne ou la notre?
Certitude : je n'aurais pas fait tout ce chemin seule.
...

mardi 15 mai 2012

"Donne moi ta main camarade, toi qui viens d'un pays où les hommes sont beaux"

Je suis dans un feuilleton
Tout y est
Le décors nous emmène de la plage au cœur des rues de la capitale, en passant par les bidonvilles et les sites à touristes...
Rien ne manque : argent, sexe, drogue, religion, secrets et trahisons...
La température est bonne
La musique donne le rythme
Les personnages sont atypiques et attachants
...
Et je me laisse prendre au jeu
...

Ce scénar de vies mêlée me dresse un portrait en arlequin de ce qui me reste encore et toujours comme une énigme : Dakar

J'ai regardé cette ville dans le fond des yeux
Je l'ai vu décoiffée au réveil
Bruyante et excitée les jours de fête
Maquillée et sapée pour séduire
Triste et pauvre,
Riche et célèbre
Puis j'ai compris,
L'évidence
Puis j'ai compris,
Que je n'avais rien vu
... 

Ville tentaculaire où tout se croise
Petit village de pécheurs, ensoleillé
Fourmilière entourée d'eau
Petite fille courant derrière les géants d'Europe
C'est le trône des puissants
Impossible à n'habiller que d'une seule couleur
Fascinante
...


Il y a dans cette saga des personnes que rien ne rapproche si ce n'est  ma rencontre à "nous tous" ..
Medley surprenant

Les personnages principaux décorent mon quotidien et ont transformés les "quelques jours"  que je pensais passer ici en un mois, mille découvertes, des amis, un appart, un permis de conduire, une demande en mariage, des milliers d'heures de bus, des galères de tunes grosses comme un éléphant et des rêves beaux comme le ciel....

Patchwork


S
est un ancien enfant des rue : un talibé comme on dit.
Lorsqu'il était petit il fut celui des fils que son père envoya en Mauritanie pour "connaitre" le coran afin d'honorer la "promesse qu'il avait fait à Dieu". Pendant toute son enfance il du mendier sa nourriture dans la rue, muni d'une boite de conserve, et étudier l'islam chez des marabouts qui pour certains ne leur enseignait que les coups.
Un enfant "sacrifié" qui a appris la vie sans parents, sans caresses, ni chaussures mais qui n'en a retenu que l'amour de l'autre, l'amour de l'Homme. Un exploit de la vie.
C'est un homme magnifique.
Droit, pur, il n'en veut pas à ses parents..."plus" me dit il... Dieu l'a voulu ainsi..
Il me fait aimer sa religion et m'explique durant d' interminables soirées comment plus qu'une croyance elle porte toute une philosophie, une façon de voir le monde et les gens. Il me raconte que prier c'est se retrouver et que le paradis c'est de vivre...
Aujourd'hui c'est un écrivain de l'islam, il est lu, écouté et respecté pour ses paroles sages.  Mais derrière l'homme de foi il y a une passion, un rêve, un espoir : le foot.
Le ballon rond lui a volé son cœur et fait troquer la djellaba pour le jogging. S déborde de talent et compte bien s'en servir pour faire un croche patte au destin. Ses pieds parlent aussi bien que sa bouche, il le sait du coup c'est foot  le matin, le midi , le soir, la nuit même s'il le faut, entre deux prières...
Parfois quand on se prends à rêver tous les deux, nous parlons du jour où il jouera dans un grand club d'Europe et viendra me voir , on imagine ensemble ce que pourrait  signifier "avoir de l'argent"...
 Être riche ! on rigole... alors, le rire et l'espoir se font armes pour tenir debout sur le fantôme de ces jours où il eu faim...
S d'un seul geste enterre la victime et garde l'humilité, méprise l'argent et poursuit la lumière.
Juste quelqu'un de bien

 P
 est un peu ...flou..C'est quelqu'un que je ne comprends pas vraiment, même après plus d'un mois à le côtoyer ..
Ce qui est sûr c'est que je ne serais jamais arrivé ici sans lui.
Les premiers temps il fut mon ombre, mon guide, mon garde du corps, se battant avec ses démons d'une main et m'indiquant la route de l'autre.
A grand coup de " Yessaye !!" toutes les 10 minutes, il a camouflé pour moi l'homme tourmenté et les problèmes d'argent pour m'accueillir comme une sœur et accompagner mes premiers pas dans le sable.
Actuellement technicien du son il rêve de devenir ingénieur ,et prononce d’ailleur ce mot les yeux brillant comme un gamin . Il rêve qu'avec le beau diplôme tout ira mieux.
P est père de famille mais, débordé par cette vie qui se précipite sans l'attendre, il ne parvient pas à assumer les siens...
Je pense qu'il est un de ces êtres humains qui se sont perdus eux-même.
Dans ce bas monde où il faut courir et se battre, on nous brandit sans cesse l'image de ceux qui réussissent avec aisance, mais certains ne peuvent pas, plus.            Lui s'est noyé.
Le naufrage est général et je me sens impuissante..
Les mots ne guérissent plus toutes les blessures et parfois il est plus facile de se fondre dans le whisky que de rentrer affronter le regard de ta femme et tes enfants qui n'ont rien mangé.
P n'est pas mauvais, au contraire et s'il le pouvait il aiderait la terre entière.. sa lâcheté est tout ce que le système lui a laissé pour survivre..
 Mais la force de la famille à l'Africaine est là . La "famille élastique" ne le lâchera -heureusement- pas encore... même dans l'antre de la solitude que sont les capitales, la culture de la solidarité survie encore.

T
Toute une histoire...
T m'a ramené "chez moi".
Moi qui ne savais même pas que je venais de quelque part!
T est un homme "bon", un humain en vrai, une rencontre incroyable qui m'a changé la vie.
d"extérieur il suffit de quelques secondes pour l'étiqueter gentiment : les dreads, le vert/jaune/rouge des bracelets, les "cool man" à répétitions : facile,T est un rasta. Et pourtant...
Comment le limiter à ce mot?
C'est quoi être rasta? Fumer toute la journée en écoutant Bob? Mmmhh
Oui ensemble on écoute du reggae... et c'est bien... oui on passe des après midi entières boire du thé "à la sénégalaise"... mais prendre le temps est un art qui s’entretient !!
Lorsqu'il était encore jeune son père est mort faisant de lui le responsable de la famille puisqu'il était l’aîné des fils. Même si depuis sa mère s'est remarié "les moyens manquent"... Une dizaine de bouches a nourrir chaque jours, une maman fatiguée, alors les rêves, la danse... on verra plus tard
T m'a montré que derrière le décors idyllique des palmiers au bord de l'eau il y a des petits frères qui ont faim... Et quand il n'y a rien à manger il n'y a pas de place pour les ambitions d'un jeune danseur
Pas le choix : il faut partir en mer 10 ou 12 jours de suite sur une pirogue, dormir par tranche de 2h pour ramener.. des miettes...
Avec lui j’apprends à écouter, à dépasser les plus enfouis de tous mes clichés, à reconnaître que "non je ne sais pas ce que c'est", que de vivre dans la misère. Que "oui" je suis bien née...
Nul ne sert de jouer au pauvre.
Mais loin du portrait misérabiliste qu'on pourrait en dresser, T est "begué" (bonheur en wollof) . Il pose sur son monde un sourire doux et joyeux qui soigne les pires des maux. Je l'ai vu danser au beau milieu de la rue pour faire rire les grands-mères, menacer avec humour quiconque toucherait à ses petits poussins, manger et discuter avec un enfant de 4 ans comme s'il était son égal et s'extasier devant mes cendriers en canettes.. T m'offre sa légèreté et m'incite chaque instant à me réjouir de choses simples.
Trop "vrai" pour ce monde à 100 a l'heure, T est dans Dakar comme un poisson hors de l'eau. La Casamance est sa terre, et moi qui ai bien du mal à comprendre ces histoires d'appartenance, je suis allée découvrir que là bas on pouvait se sentir "chez soi". Là bas, bat le cœur du monde.
Un soir de pleine lune j'ai sentie chacune de mes racines pousser sous mes pieds et s'enfoncer pour s'enrouler avec celles des arbres ..
Je suis née ici.
Chez T personne ne m'appelle "Toubab" et quand d'aventure ça arrive je l'entend dire "Ah non, elle s'appelle Valou" , et à perdre ce statut j'ai gagné quelque chose de précieux, quelque chose d'égalité..

N
Mon "moniteur d'auto école"... la bonne blague !
N est bien plus que ça mais ce qui est vrai c'est que grâce à lui j'ai mon permis!!
Il me répète que j'ai une bonne étoile et sincèrement je commence à le croire .
N'étant lui non plus "pas d'ici", il m'a en quelque sorte prise par la main pour me faire découvrir "l'ici"...
Des petites criques de pécheurs à deux pas du centre ville, au surprenant et célèbre Lac rose, en passant par le stade de rugby, j'ai enfin pu découvrir autre chose que me perdre dans un sens puis dans l'autre au milieu de la foule de Dakar.
Parcours surprenant que le sien.
"Pas d'ici " parce que son enfance, N, c'est en Normandie qu'il l'a passée...
Pas exactement les mêmes plages..
Alors que gamin  il vécu près d'un château passant les week-end à pédaler dans la forêt, maintenant il apprends patiemment à ses élèves comment survivre dans la jungle de la circulation Dakaroise. N m'a offert du temps. Celui de la découverte, celui de poser des question, celui de rire ensemble...
N  va à la fac et travail en même temps pour aider son père; il sort  en boîte le samedi soir et s'occupe la semaine de sa petite fille; en fait il mène la "vraie vie des jeunes d'ici" et le côtoyer m'apprend bien des choses, alors j'écoute avec attention les analyses de ce Sénégalais de France.
N mène la vie que je ne mènerais jamais, et bien que tout nous oppose dans nos parcours, j'ai souvent l'impression que nous sommes les mêmes, parce qu'il me comprend.


G
est un ancien guide touristique reconverti aujourd'hui en agent immobilier (l'un dans l'autre c'est utile) avec qui j'écoule quelques bières. "On ne vit qu'une fois! " répète t il alors je le suis quand il m'entraîne, parce qu'au fond le temps d'être sérieux arrivera bien assez vite. George est libéré des clichés sur "les blancs", il ne m'épargne pas, me regarde en face et je découvre en lui un ami sincère.
Pas seulement bon vivant, il est aussi de précieux conseils et se démène pour m'aider s'il le peut, mais je sens bien mes "merci" inutiles... la bonté n'attend pas de reconnaissance



 Et puis il y a les personnages secondaires, qui donnent la réplique, qui bien souvent m'aident à décoder les uns, à sourire aux autres.. Il y a tous ces inconnus d'hier qui font du sens aujourd'hui

Il y a cette mère qui ne comprend plus son mari et qui est fatiguée. Fatiguée de se sentir seule, fatiguée d'être pauvre, fatiguée des pleurs des enfants. Cette mère qui ne se plaint pas mais que je retrouve cachée dans la cuisine, seul espace qu'on lui laisse.. pour pleurer..


Il y a M , très jeune, mère célibataire, fille de luxe, pute au bras des riches à l'humour décapant.
Elle fait son travail comme une femme d'affaire, ambitieuse, gérant ses clients comme des poulets et se foutant d'eux tant ils sont faibles devant son corps parfait.
" Je suis une maman star et je ne me déplace pas pour rien" me dit elle en présentation. Elle me fait rire au larmes en distillant ses conseils "pour que ton homme n'aille jamais voir un autre toutou que le tien" avec des produits miracles "kisentebon", entre deux ragots d'adolescentes et un coup de fil où elle répond machinalement "je t'aime " à un client acro.


Il y a ces expat Hongrois complètement étranges, carburant à la bière, qui paraissent en permanence sur une autre planète. Ils ont sillonné le monde de l’Afghanistan au Mali et "d'Israël" en Inde, ils ne paraissent pourtant aimer franchement aucun endroit. A les voir on dirait un peu un Paris/Dakar permanent où seuls compte les paysages et les histoires de bagnoles.. Ces mystérieux businessman n'ont visiblement pas grand chose à foutre du monde qui les entoure si ce n'est le fric qu'il peut rapporter, et on peut dire que "le monde" le leur rend bien à voir ainsi leur solitude au bras des jolies filles qu'ils ont payés...

Il y a la mama du rez de chaussée qui clame que je suis sa fille et qui m'invite à manger les jours où je n'ai plus rien. Prise pour juge et pour témoin sur tout, elle voit défiler dans sa chambre les uns et les autres, venus raconter leurs version de l'embrouille en court. Pleine de bienveillance, elle m'attrape par la main quelques fois, quand la tempête s'annonce, et me colle devant la télé même si je n'y comprend rien.

La liste est longue.
Et il y en a cent autres encore, qui, touches après touches, m’apprennent cette ville multicolore. Le Sénégal
est, de mon voyage, la rencontre à laquelle je ne m'attendais pas.. mais la surprise est bonne, et comme on dit toujours dans ces cas là "je reviendrais"

lundi 2 avril 2012

...

Bon...
Je le savais avant de commencer ce blog : il y a des choses que les mots ne parviendront pas à transporter, des choses que je ne pourrais faire partager à personne...J'en prend encore plus conscience aujourd'hui ..


J'écris pour donner des nouvelles :

je vais bien
Ce fut simplement trop court...
petit tour sur le net après plusieurs jours loin de la fourmillière...
Je pars demain vers la Mali.
No inquiètude


J'écris pour raconter :
...




*

Je parti en brousse, donc..
Il me fallait aller retrouver le Burkina Faso, "pour de vrai "

*

Madou et Maryam 
Calée derrière Madou sur sa moto, direction son village : Mé.
Je passais les trois premiers jours dans une inertie casi totale. La cour de la famille, qui est au bas d'une falaise au milieu de la brousse, fut mon territoire, je ne la quittait pas, ayant perdu d'un coup tout envie d'exploration.
Je me trainais d'une chaise à l'autre au grès de nos discussions et du soleil qui tourne...Presque immobile...
La chaleur aidait grandement mon immobilisme, mais il y avait quelque chose d'autre que je n'arrivait pas à définir. Retrouver un territoire ce n'est pas comme courir l'un vers l'autre au ralenti sur la plage.. chez moi ça ressemble plus à un atterrissage.
Plusieurs fois j'eu l'envie d'écrire.
J'allais chercher mon carnet puis retournais m'asseoir à l'ombre mais chaque fois mes pages restaient vides. Incroyablement vide.
Les petits carreaux s'alignaient insolemment devant moi alors qu'autour tout restait à décrire.

Au matin du quatrième jour je partis à pied, seule, bien décidé à aligner au moins quelques mots. J'allais jusqu'à une source au bas de la falaise espérant ombre, solitude et inspiration. Je marchais comme titubant, me sentant d'une grande faiblesse.
Arrivée dans la fraîcheur de la source, à l'ombre des arbres, saoulée de soleil, je m'écroulais (presque) sur une grande pierre plate..
Je ne saurais dire combien de temps je suis resté là, en demi-sommeil...

Peu à peu je me suis "éveillée" et ai commencé à prendre conscience de tout ce qui m'entourait....
Dans mes oreilles se mélait le chant d'oiseaux invisibles au bruit du vent dans les feuilles...
Devant mes yeux, sur l'eau, se dansait un ballet magnifique, presque au ralenti... quelques feuilles mortes filant comme des bateaux, en équilibre sur leurs tranches, croisant de petites fleurs blanches tournoyant sur elles-même en déssinant de petits ronds. Juste au dessus planait d'incroyables graines parachutes aux longs poils blancs, entre étoiles et animaux féeriques ...
Lentement j'inspectais mon environnement du regard et pris conscience que, loin des décors l'imitant, j'avais retrouvé la Nature.. sauvage..
Elle se laisse donc parfois approcher...
Je découvris une faune et une flore incroyable, toute proche, dans les arbres, sur les pierres alors qu'à quelques dizaines de mètres de l'oasis la sécheresse faisait rage..
Des dizaines d'oiseaux, peut être des centaines ! Certains petits, aux longs becs fins, les plumes grises et oranges. D'autres étonnants, arborant un rouge feu éclatant sur la gorge et le ventre. Un oiseau beige et brun si gros qu'il me fit sursauter. Des pigeons roses et bleus. Un groupe d'oiseaux d'un noir brillant se chamaillant en plein vol...
Et puis..un écureuil gris courant ventre à terre pour se réfugier au sommet d'un arbre, d'autres se poursuivant sur un tronc, quelques libellules, de grands papillons blancs et de petits jaunes tachetés de brun, des lézards de toutes tailles aux couleurs variée : marrons, gris, à têtes jaunes, verts, oranges, la gorge zébrée de bleu éléctrique, ect..
Je restait là.
Admirative.
Au fur et à mesure que les heures passaient je me sentais de plus en plus chez moi près de cette source.
 Je m'y lavais un peu, me promenais aux alentours, chantais, dansais même..
Pieds nus sur les rochers, j'avais l'impression d'être en train de me "recharger".
De me remplir.
D'avaler en moi tout ce "vrai".
Je me rendis compte que, durant presque 5 mois, mon voyage m'avait tenu éloigné de la terre, de la nature, et que ça m'avait manqué ...
Infiniment.

Sur la route du retour je trouvais même quelques fruits sauvages que j'emportais avec moi, espérant qu'ils soient comestibles... Je me sentais Robinson Crusoé à ses plus belles heures..

*

Après Mé, je voulais retrouver Borodougou
Ce village qui fut un peu un "chez moi" pour quelques mois lors de mon premier voyage.
Là bas vivent Batiste et sa famille, en ce moment restée en France, des amis qui portent pas mal de projets au traver d'une association implantée localement .

J'arrivais en stop, sacrément fière de mon coup et toute heureuse de reconnaitre le chemin, les arbres, les paysages. Sur place je fis la connaissance d'un groupe de jeunes (ados et enfants) venus "prendre l'air"avec leur école, de leur vies françaises pleines de bosses  ... Je reçue la bourrasque de leur rencontre en pleine figure  et elle me fit du bien. 
Encore une fois m'était offert l'opportunité parfaite pour relativiser...
Contraste détonant entre ce groupe du Pas de Calais et les jeunes du villages. J'admirais les couleurs de leurs échanges et me régalait de n'être que de passage, légère, entre les noeuds.

Cette belle, journée qui se transforma vite en deux puis trois, me rendit souriante et motivée pour la suite.
Je retrouvais la case que nous occupions avec Celmish et fut pris de nostalgie en m'y installant.... Combien d'après-midi belote ont pu se jouer sur cette terrasse? Combien d'heures à admirer la brousse, à débattre du monde... 
Devant ces souvenirs je pris la mesure de ma solitude..
"Mais la route est belle et elle n'est pas finie" ...

Le jour de mon départ fut un dimanche et je décidais de me rendre à la messe pour y voir une amie chanter. Bien sûr je me trompais de route et d'Eglise...  finalement, deux heures durant, dans la sueur et les boubous brodés, j'assistais à une messe magnifique, pleine de chants à la gloire de Jésus plus entrainants encore que le gospel, de danses libres au milieu des allées, d'improvisations de djembé dans tous les sens au milieu d'une petite paroisse de campagne... 
Inoubliable tableau qui m'arrivait comme un présent de la vie pour me murmurer qu'il y avait encore bien des choses à partir découvrir.
*

Et
après deux ans d'attente, je pris enfin ce mini bus dont j'avais révé tant de fois....
Enfin.
Mon sourire s'agrandissait au fur et à mesure qu'il avalait vaillamment les kilomètres, débordant d'humains et de marchandises.
Enfin.
Retrouver le Vieux Coulibaly.

A mon arrivée, pas de roulements de tambours mais son sourire, si beau, le plus beau des cadeaux.
69 ans cette année et il rayonne toujours tellement... peut être que les Etres de lumière ne s'éteignent jamais..

Je retrouvais avec délice cet homme, sa famille, son village, ses histoires.

En l'espace de quelques jours tout pris sa place comme si j'étais un membre de cette famille depuis toujours.. Je passais énormément de temps avec les enfants et, comme d'habitude, ce sont eux qui m'apprirent l'essentiel, sans juger ni condamner mon éternelle ignorance.
Ils m’initièrent à l'art de chasser les mangues tombées en pleine nuit, à reconnaître un fruit mûr d'un qui me rendrait malade, à récolter les anacardes (noix de cajou) au champ, à porter une bassine en équilibre sur ma tête, et bien d'autres choses..
Je priais pour qu'ils m'adoptent comme l'une des leurs et me laissent un peu approcher leur monde de pirates inconscients dérobant du bonheur à la face du monde alors qu'on ne les a même pas compté dans le "grand partage". 
Quelle jolie revanche par ceux à qui la mondialisation ne laisse que quelques miettes humanitaires et la "dette" en héritage: faire cohabiter ainsi dans l'harmonie trois religions et autant de générations, alors que les pilleurs en costards se gavent d’anxiolytiques, se noient dans la terreur de l'autre ne sachant plus qui est l'ennemi et finissent par vomir leur écran plat qui les laissent, malgré tous les pixels du monde, seuls.

J'enviais à ces enfants leur force innocente, pas une seconde leur situation.
Je ne rêve ni de manquer d'eau, ni de connaître la faim, ni de rêver un visa que je n'aurais jamais, ni que les mômes de "chez moi" aillent apprendre à l'école dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas et qui est celle de la colonisation... 
 -Mort aux mythes du "bonheur simple des africains" et du "bon sauvage"-

Ces quelques jours chez le vieux Coulibaly furent évidement trop courts. 
Ils nous laissèrent à peine le temps de nous retrouver, de mesurer, ensemble, le temps écoulé. Chaque heure passé me rapprochait de l'indéfinissable paix qu'il m'avait semblé laisser là en partant il y à deux ans.
Prendre le temps de regarder autour de soi, de ne rien se dire, de parler avec passion des poules, des chèvres, de la météo.
Un après-midi nous partîmes en expédition mangues à confiture et, sur la route, assise derrière lui sur sa mob, je me fis la réflexion que mon voyage pouvait s’arrêter là. J'avais accompli mon objectif. 
J'admirais de dos cet homme : costume impeccablement lavé mais usé jusqu'à la corde, chapeau visé sur la tête et lunettes de soleil ridicules décorant le tout (offertes par une amie française)... Il était admirable... et ça , être digne d'admiration, ce n'est pas courant ...

A peine retrouvés il fallut séparer nos routes .... mais seulement jusqu'à mon prochain passage
Puis retrouver Bobo, l'agitation de la grosse ville qui comme toutes ces semblables va trop vite pour moi.


*


De temps à autre une radio branchée a RFI  me donnait des nouvelles, d'un jeune homme qui abatait des enfants pour en venger d'autres, du pays voisin qu'on coup d'étate, d'un président Syrien avec lequel il aurait fallu "dialoguer",de quatorze mille réfugiés Soudanais que l'on déplacaient à nouveau pour ne pas finir atomiser...
de quoi alimenter nos discutions mais pas de quoi s'affoler au fond...
...ce ne sera pas le dernier putch de l'histoire africaine, ça n'est pas le premier massacre que l'on camouffle pour protéger les intérêts des puissants et ça n'est même plus surprenant que certains se rabbattent sur la violence face au silence collectif...
Quoi que la folie des hommes provoque ça n'apportera pas la pluie...

*

jeudi 1 mars 2012

Chroniques Irsaeliennes

[Je me suis laissé une nuit de sommeil porteuse de conseils pour finalement décider de recopier tel quel ce que j'ai écrit ces trois derniers jours.. C'est la première fois que je fais mais je crois que mes écrits al chaud sont plus parlant que mes mots d'aujourd'hui. C'est donc écrit du dimanche vers le mardi]


Acte 1- 

          Je me demande presque comment je suis arrivée ici.. Je viens de parcourir deux milliards d'années lumières en 15 kilomètres...

          Je reste un moment abasourdie par l'horreur du monde "réel".
Il ne se passe rien et tout à la fois..

          Je suis assise sur un grand lit bleu, la chambre est moderne et confortable. L'appartement est grand, le frigo vide et il y a 300 chaînes a la télévision. Je passe d'une pièce à l'autre, promène mes mains sur le mobilier impeccable. Aux murs du salon quelques affiches encadrées. L'une titre  " la langue de lumière qui met des ponts entres les gens : l'hébreu"... Une autre est un medley  d'articles à la gloire du premier président d'Israel...
          Où suis je ?
          Mon hôte s'est absenté deux heures me laissant seule ici. Cet un homme est un miracle pour tout vadrouilleur avide de rencontre. Il  fait parti de ces gens qui en 2 secondes vous embarquent dans leur monde, vous acceuillent les bras grands ouvert avec milles histoires de voyages à partager.


          Mais pour la , je crois, première fois de ma vie, mon estomac se retourne en entendant quelqu'un parler. Ses propos me sont indigestes.. physiquement... Parce qu'ils sont la norme ici.

          ... Aucuns bruits autour de moi, tout est calme, mes oreilles bourdonnent, ça hurle même. Le vacarme du silence... Je comprends que cet homme n'est pas un ignoble connard quand il me dit sincèrement que  "le problème, c'est les arabes", il est juste comme tout le monde.. Ici quasiment tout le monde pense ça !!!...

          Je voudrais me réveiller.

          Il a arrêté sa voiture sur le bord de la route, à Jerusalem, alors que je marchais vers un point de stop. Il m'a offert l'hospitalité, me disant que, vu les heures de routes devant moi, mieux vaut s'y prendre le matin. Pas faux. Alors je grimpe, on discute. Il est "cool", ouvert sur le monde, artiste orfèvre depuis 30 ans, joue du djmbé, voyageait en stop quand il était plus jeune.. Les premières questions arrivent et en quelques minutes il me faut rentrer dans mon mensonge de vacances en Israel, ce que j'y ai fait, ce que j'aime dans ce pays, ect.. Je me dis que c'est un bon entraînement pour passer la frontière. Quelques mots d'arabe m'échappent, on en rigole, (ouf !) il me dit que lui aussi en connaît un peu, " quand j'étais petit mon père faisait travailler des arabes sur ses chantiers". Mon visage se crispe, je ne dis rien, regarde par la fenêtre. Là, devant moi, se dessine l'autre visage de cette ville, propre, pleine de jardins publiques, de rues commerçantes... Avant que j'ai le temps de m'en rendre compte je suis propulsée en occident, j'ai sautée dans le grand bain a la découverte de ce qu'est "Israel"... Le choc est frontal...


          Pourtant j'ai juste passé le mur..


[je suis comme les personnages de The Village ou The truman show lorsqu'ils découvrent  "l'autre cote"]

Fin de soirée, on raccompagne quelqu'un à "Gilot", j'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce nom, mais où? Pourtant je ne connais rien de ce cote ci.. C'est étrange la route est la même que pour aller au check point de Bethlehem... Et puis l'architecture, la vue au loin, d'un coup tout s'éclaire : je connais Gilot très bien, j'ai pu l'avoir en ligne d'horizon pendant 3 mois .... Gilot c'est la colonie énorme  qu'on voit en face de Bethlehem ...

          Combien de fois me suis je dis  "si ça tombe ils ne se rendent pas compte?".. et bien oui, les gens ne savent même pas que c'est une colonie ! Ils sont justes venus vivre là parce que c'est neuf et pas cher, ce sont juste les nouveaux quartiers.. L'état offre des aides pour favoriser l'accès a la propriété des jeunes..
          "Les lumières au loin? Quelques villages arabes qui restent mais ne t'inquiète pas ils ne peuvent pas approcher"... Quelque part dans ces petits points brillant : Deishe



Acte2-

          Le paysage défile....

          Le front collé a la vitre du car climatisé, j'admire ... la mer... 

On la longe depuis une heure peut être, à droite la montagne se dresse a pic, belle, sur la rive d'en face idem. Seule cette langue d'eau turquoise au milieu du désert.



           Je me cache dans mon pull pour pleurer, je ne veux pas qu'on me vois.
           Où sommes nous ? Sur quelle planète?
Je regarde les passagers autour de moi, la réponse s'affiche: nous sommes dans l'autre monde, dans la bulle israélienne.
          Le tracé de la route évite soigneusement tout panoramas de villes, villages ou simplement trace de vie palestinienne. La Palestine est comme gommée du paysage, oubliée. Tout parait désertique. Ici une station service israélienne entourée de palmiers telle une oasis miraculeuse, là une usine, plus loin une base militaire, les panneaux indiquent les colonies..
          Nous faisons route vers le sud, "le ciel est bleu , la mer est belle, les gens sont heureux sous le soleil". Tout le monde est pressé d'arriver, je suis désespérée ....
 Pendant la pause j'entends du russe, de l'espagnol, du français, de l'hébreu, c'est le grand melting pot... j'entre dans la station service, un café vaut 4 sandwishs falafels a Deishe... 
les larmes reviennent, je me cache encore...


          Plusieurs fois depuis hier j'ai des flash, d'un coup la Palestine me manque, mais je suis en  Palestine...


Ça me brûle a l'intérieur, cette réalité d'apartheid. Je pense a autre choses, à ma route qui continue [...]  Je rouvre les yeux, le car est toujours là, horreur..
          Impression d'être dans de la science fiction, ce n'est pas possible, ça n'existe pas, nous ne sommes pas en train de rouler comme se de rien était sur cette terre volée alors que mes amis vivent dans un camps de réfugiés. Autour de moi tout le monde s'en fout, a hâte d'arriver à destination, il n'y a pas de problème pas de Palestine...
          Vous connaissez ça ? Quand la vérité est si insoutenable qu'elle donne envie de vomir, qu'on ne veut pas la croire..


          Je voudrais avoir quelqu'un avec qui en parler mais ceux qui m'entourent ne voient même pas ce que peuvent être des Palestinien, il n'y a que des arabes et ce mot leur fait peur.. C'est l'indifférence générale alors que mes amis attendent, parlent, rêvent du "jour où".
          Le jour où ils iront a Jerusalem pour la première fois, celui où leur frère sortira de prison, le jour où il n'y aura plus de zone C, le jour où ils contrôleront leurs frontière et pourront décider eux même de la durée des visas des étrangers, le jour où eux aussi pourront voyager, celui où ils n'auront plus peur des soldats la nuit, celui où ils pourront de nouveau exploiter l'eau et rendre a la vallée du Jourdain sa luxuriance légendaire, le jour où nous feront tomber ce mur...
           Ici ce jour n'est même pas un cauchemar, il n'existe juste pas.

          Personne ne s'imagine une seconde revenir en arrière..




Acte 3-

          Il est 18h54, il fait 19
°

          Les jeunes filles en mini short sont parties se chercher un pull pendant qu'ici et là on enlève les matelas des transats.. A ma droite s'élève le SHOPPING CENTER avec son enseigne en grosse lettres lumineuses. Dans mon dos la, longue, promenade et les hôtels "face mer" en arrière plan. Des centaines de bars, boutiques de souvenirs, vendeurs de glaces, restaurants, magasins de grandes marques,stand d'accessoires hippies, ect, se succèdent sur au moins deux kilomètres...
          Nous sommes a Cannes, Nice, Biarritz...
 Les jeunes se baladent en bandes et se draguent sur la croisette, ça se questionne sur tel bracelet brésilien, tel collier a plume ou telle lunettes de soleil..

           Eilat, la station balnéaire au bord de la mer rouge.

          Je me suis assise au bord de l'eau pour écrire plutôt que d'hurler..
La Palestine, ma vie là bas, les gens que j'y ai rencontré, tout me manque... et pourtant.. j'y suis toujours.
          La Palestine est là quelque part.. partout sous ce béton et ces hôtels de luxes, dans les milliers d'années d'histoires qui résonnent ici, dans ces pierres, dans les centaines de générations qui ce sont succédés sur ces rives, dans les reflets argentés du soleil qui se couche sur la mer ce soir..

          De l'autre coté de l'eau, les lumières d'une ville Jordanienne s'allument, quelque part vers la rive un mat très haut porte un drapeau immense.. celui de la Palestine

          Et dire que certains m'ont trouvé "bien du courage" d'aller à Deishe, on s'est enquéri de savoir si le "climat politique" n'était pas trop pesant... Mes amis ce ne fut qu'un doux rêve comparé à ce qu'endurent mes nerfs et mon coeur ces deux derniers jours..
          J'ai tant reçu là bas.. ici l'individu est roi..
          Deux jours cauchemardesques, pourtant je suis passée du "bon coté", les rues sont bordées de palmiers, les taxis ont des conteurs, tout le monde se sape comme il lui plaît, ça sent l'air de la mer et de la liberté.
C'est l'Europe, viens cluber avec nous ce soir... " Enjoy" me répète t-on partout...

          Enjoy Valou, oublie
car de ce cote ci, regarde, tout le monde s'en tape de tes histoires......

          Pas un jour depuis trois mois sans que je n'entende parler de politique ou "d'Israel". Pas un journal télévisé sans évoquer la "situation", l'armée, les nouvelles attaques de colons, les nouveaux vols de terre.. Toute une population qui voit sa terre, ses droits, sa liberté diminuer en direct live. Qui s'en arrange pour certains, qui continue d'y croire et d'espérer pour la plupart..

          Et ici, autour de moi sur la plage, c'est comme si ça n'existait pas... Je n'ai pas entendue une seule fois le mot Palestine depuis mon départ...

Je l'écris honnêtement, je ne pensais pas qu'il serait si dur d'être témoin de tout ça..


Acte 4-

          En attente de visas

Vraiment ici c'est le paradis, l'été toute l'année, tout ce que l'on peut désirer a porter de main.
Quelques femmes, cheveux au vent et tongs aux pieds, promènent une poussette en fumant une blonde. Une voiture de sport passe et klaxonne un ami qui lui répond par de grands signes en criant "Hi !!".
C'est  la fête..

          "Whou! Le bonheur est partout
            ça dégouline, c'est fou
            ça va pas être facile de trouver son style
           Allez.."

          Première démocratie capitalisme du monde, finalement c'est assez vrai, si tu passe le casting d'entrée...

          Il n'est pas midi mais déjà le soleil tape fort. Je me réfugie dans la poste, grand hall climatisé. Un homme, la cinquantaine, m'aborde et me drague assez directement en français. Je regarde autour de moi me disant que quelqu'un va le reprendre , on ne se connaît pas et je pourrais être sa fille.  Personne ne nous prête la moindre attention...
          C'est le cinquième qui fait ça en 3 jours, je ne comprends pas pourquoi, je suis perdue, ça me dérange totalement. Non seulement parce que je n'ai pas envie d'avoir a repousser leurs avances mais surtout parce qu'ils ne semblent jamais entendre la distance que je pose.
            Alors c'est ça la liberté?
On fait ce qu'on veut, chacun sa geule ... ?
            Il me dit de venir le visiter au café qu'il tiens sur la plage, ce a quoi je répond que je quitte "malheureusement" Israel cet après midi pour l'Egypte.
Et là, il s'affole :
           " Mon Dieu non ! C'est dangereux, ne vas pas en Egypte, non!"
Je lui demande pourquoi
           "Ils sont fanatiques là bas ! T'as pas vu? Les femmes avec tous ces bazars sur la tête... Quand ils vont voir une créature comme toi... Non, non, c'est vraiment une mauvaise idée... Les arabes n'ont pas de coeur, tu sais ça? C'est vide là ( il me montre sa poitrine)...  Non, vraiment c'est dommage.. quand ils vont te voir ils vont vouloir te voler"
finit il en regardant fixement mes seins.

...j'ai littéralement envie de tuer ce type sur place, là, sans autre motif.. Mais ici ce n'est même pas du racisme, au contraire, c'est une sorte de bienveillance, il me met en garde... Alors je prend le sourire le plus sympa que j'ai en stock et lui répond : "Et ben! J'espère pas, mais je serais prudente promis"
             Au moment de m'en aller il ajoute
 " juste une règle : ne leur fait jamais confiance, ils ne savent pas ce que c'est"
            Je le remercie et m'en vais.

300 mètres plus loin je m'assoie.. je n'en plus... vraiment...

            Quelque part de l'autre cote de l'eau, le drapeau flotte toujours.
Je me relève et marche vers l'ambassade pour chercher mon visa. Enfin, je marche vers la sortie..
         

Dernier acte-

          Je file a la frontière en bus avec mon énorme sac, passeport tamponné en poche.

           Quelques centaines de mètres avant il y a comme un bouchon, les voitures ont l'air d'attendre. Le chauffeur dit "Ah... c'est fermé.." Ah non !! Je saute du bus et trouve d'autre jeunes baroudeurs qui m'apprennent que l'armée est en train de désamorcer une bombe et ont donc bloqué le passage.
           Manquait plus que ça!
Un petit robot est envoyer risquer sa vie de cyborg pour sauver la situation.. Pendant ce temps l'un des jeunes me demande à quelle heure est mon bus.... Mon bus ? Quel bus? " ben le bus de l'autre coté, tiens!"   Merde!!! J'ai totalement oublié de me préoccuper de ça !! C'est sur ça va paraître louche s'ils me demandent ou je vais et que je n'ai aucune infos... Je m'empresse de leur emprunter un guide et de retenir le nom d'un hôtel puis demande l'air de rien à celui qui va au Caire si je peux le suivre un peu, puisqu'il connaît, pour les bus "comme ça je ne me perdrais pas"...on est toujours moins suspect de faire du tourisme à deux..
           1/2H plus tard le robot est de retour et on apprend que c'est au moins deux fois par semaine qu'une valise se transforme en prétendue dangereuse bombe mais qu'en fait il n'y a jamais rien..

          Voila, ça y est, le grand moment. J'angoisse à mort. Je m'efforce de faire ami/ami avec les autres, de faire des blagues dans la queue pour présenter son passeport. Je veux avoir l'air détendue mais lorsque j'arrive au guichet mon état de nervosité bat les records.. La douanière met beaucoup de temps a contrôler mon passeport puis finalement me demande où est mon visas d'entrée. Je lui indique la page, elle tamponne et je m'en vais vers l'étape suivante...100 mètres plus tard et un petit portillon de passé  je vois écrit en arabe et en anglais WELCOME IN EGYPTE... Je me retourne vers mon nouveau camarade incrédule " Israel c'est fini?!", "ben oui, on a passé la frontière là"
          Whaouw.. j'aurais hurlé de joie si je n'avais pas eu si peur qu'ils changent d'avis et m'emmènent passer 10H d'interrogatoire pour expliquer ce que j'ai fait pendant ces trois derniers mois..

          D'un coup tout m'a paru fantastique. Tout était formidable... Jusqu'à la grève des bus censés nous emmener au Caire, mes compagnons étaient scandalisés, horrifiés, moi je trouvais tout génial. J'ai lance fièrement " Malhaba" au premier Egyptien venu et mon co-passeur de frontière m'a dévisagé " mais... tu parle arabe.. ?"... Ah ah ah ! Génial !

          Le vent du Sinai me souffle dans les cheveux. C'est fini...


 

          
 




samedi 11 février 2012

Decalage horaire

15h

          Un sourire passe sur le visage d'Anan lorsqu'il m'entend demander une clope.
Je ne fume pas, tout le monde le sait parfaitement.
-"Un peu stressée, hein? "
-"Un peu, oui "
... pas mal même.. Ce dimanche c'est un peu pour moi " l'heure de vérité ".

Mais c'est surtout la nuit qui fut rude, qui me colle au ventre..
          Intercontinental Hôtel un samedi soir...
Envie de vomir ce que je découvre de plus en plus. 

Ce décalage

          Intercontinental Hôtel un samedi soir... 
Inter continents... 
Alors comme ça ici on fait des ponts par dessus les mers ? 
Mais on ouvrira pas la porte a ses propres voisins s'ils n'ont pas le porte monnaie a l'européenne.

          Foutue société de classes, ici comme ailleurs..

          Ici les riches règnent en maîtres, les occidentaux sont chez eux. 
Laisse ta politique au vestiaire, tu es la pour prendre du bon temps...
La personne qui m'invite ne comprend pas pourquoi je "m'obstine" a vivre a Dheishe. 
" Tu t'éclates vraiment la-bas? "
Le mépris évident de sa question me laisse silencieuse... 
Selon lui ce n'est pas un endroit où rencontrer qui que ce soit d'intéressant puisque les gens y sont incultes, souvent violent, feignants, sectaires, communautaristes, ne font rien pour s'en sortir et que la vie y est ennuyante..
Rien que ça ... et sans aucuns préjugés bien sur!
         . Mais je dois remercier ce jeune homme car c'est en le côtoyant depuis bientôt deux mois que j'ai compris comment sont perçus les camps de réfugiés par le reste de la société Palestinienne:

          Grandement aidé par le discours des médias, les camps de réfugiés de Cisjordanie sont de plus en plus perçus comme le sont les quartiers dit "sensibles" (autrement dit banlieues) en France.Chômage, violence, confrontation avec la police, ect. sont autant de problèmes qu'on retrouve dans les deux cas et qui sont sources de bien des préjugés.

Tout comme en France donc, on attribue ici bien des problèmes aux jeunes des camps, sans prendre en compte les conditions de vie pourries qui en sont la raison :
 énorme concentration de population, logements précaires et entassés, pas d'espaces verts, proximité immédiate avec tes voisins, absence de perspective d'avenir intéressante (ou d'avenir tout court) , discrimination par le reste de la population, surveillance des forces de l'ordre bien plus marquée qu'ailleurs, contrôles et arrestations arbitraires fréquents, répression beaucoup plus forte et violente qu'en ville, ect..
On considère les problématiques qui y sont liées comme venant de la population qui y vit plus que du cadre en lui-même.
Le parallèle est criant.
... et les médias jouent le même jeu des raccourcis gentils/méchants : ouverts d'esprit-européanisés contre radicaux-traditionalistes.
Et puisque les réfugiés ne peuvent se satisfaire de leurs conditions de vie, ils ne lâchent pas la lutte, ce qui en fait des ennemis pour l'Autorité Palestinienne qui tend, elle, vers la collaboration et la "normalisation" de la situation.
Alors pointer les jeunes des camps (ou banlieues au choix) comme étant le problème c'est très arrangeant.
Encore une fois on criminalise ceux qui se politisent un peu trop.
Ça ne vous rappelle rien vous?
(...)
rage

          Intercontinental Hôtel ce samedi soir ...

À 25 shekels l'entrée aucuns de mes potes n'aurait pu venir.
Les seules personnes issues d'un camp de réfugiés que je croiserais sont serveurs ou vigiles...
Cet endroit a un sale goût de lieux d'expos branchés où l'on voit des photos des favelas de Rio mais où l'on s'affole quand se pointe des jeunes des quartiers populaires .. 
Je me sens mal a l'aise. 
Les conversations m'ennuient alors que pour une fois je les comprends puisque tout le monde se parle en anglais. Dans la jeunesse dorée si tu n'as pas étudié a l'étranger tu as au moins été au lycée américain... 
On me pose quelques questions, je deviens vite "exotique" avec mon périple en stop, mais je me sens asociale, seule la musique m'intéresse. 
Finalement pas envie de faire des ponts...
On me drague assez clairement et je ne sais plus ou me mettre. J'ai pris goût a la pudeur des gens du camp, a ne pas faire la bise, a garder les manches plutôt longues, ect.. 
-Moi qui suis souvent vue comme féministe !-
C'est qu'il y a quelque chose de sécurisant dans un cadre, aux moins tu connais tes limites.
Ici je ne suis pas a ma place.

          
          Je rentre tard mais soulagée de revenir au bercail .
Je vole quelques heures de sommeil avant d'être sur le pied de guerre pour ce dimanche "Circus Show".

10h
Deux questions turlupinent ma petite tête ce matin tandis que je profite du soleil miraculeux devant le centre:
Combien d'enfants vont venir 
et a quoi ais-je oublie de penser ?

C'est la première chose qui se passe entièrement a mon initiative ici.
Il y a trois jours, début de l'angoisse en me rendant compte que les affiches et les centaines de tracts etaient toujours poses sur le bureau.. les volontaires avaient un peu "oublié" de faire la com...
Détail ...
Detail un poil embêtant lorsqu'on sait que la troupe de cirque fait 3H de trajet aller-retour, sur leur seul jour de congés, pour venir faire la représentation gratuitement, en ayant comme seule demande qu'il y ai le plus d'enfants possible....!

13h
Le centre est si calme.. désert.. ça en devient flippant
On dispose quand même 150 chaises sans savoir si elles seront occupées...
Et puis l'estrade me parait petite tout a coup. Bon on verra.
Et merde, on a oublie de leur prévoir des sandwishs..

16h
Les enfants arrivent par vagues de 4 ou 5
Je suis heureuse de les voir, j'en reconnais certains
Le spectacle est dans une 1/2h, pas de trace des circassiens..
(...)
Quand leur camion débarque enfin  c'est la pagaille totale, un bordel monstre !
Je compte sur les volontaires, qui eux, comptent sur moi..



un triporteur, quatre clowns acrobates, une énergie qui nous éclabousse...
   



Bilan:
Plus de cinq cent personnes sont venues
Un bon quart n'a rien suivi mais était de toutes façons plus là pour voir les potes 
Tout le monde a paru très content de partager ce moment
Surtout les volontaires, allant et venant bras-dessus bras-dessous (on les aurait cru a la boum de fin de colo), oubliant un peu trop les mômes, aidant ainsi au bordel ambiant.
Et même les circassien, épatants, qui ont réussi je ne sais comment a finir leur spectacle, m'ont dit qu'ils étaient ravis d'être venus !
 Moi je suis fière de cette réussite malgré les petits défauts. 
Finalement un vrai travail d'équipe qui offre un super moment populaire.


Victoire









..et des centaines de sourires et de paires d'yeux grands ouverts  !

mercredi 1 février 2012

Ecrit sur un tronc d'olivier, poeme

Parce que je ne file pas la laine                            La marque de toutes les menottes
Parce que je suis chaque jours                             Fermées sur mes poignets
Aux mandats d'arrêts                                           Les bottes de mes gardiens
Et ma maison exposée                                        Chaque juron                                 
Aux descentes de polices                                     Versé sur ma tête                         
Aux perquisitions                                                Et je graverai                                   
Aux "opérations de nettoyages"                            Kufer Qassem                 
Parce que je suis dans l'impossibilité                    Je n'oublierais pas             
D'acheter du papier                                              Et je graverai                              
Je graverai tout ce qui m'arrive                            Deir Yassine                   
Je graverai tous mes secrets                                Ton souvenir me dévore                     
Sur un olivier                                                       Et je graverai                                             
Dans la cour de ma maison                                   Nous avons atteint le sommet de la tragédie
Je graverai mon histoire                                       Nous l'avons atteint
Et les volets de mon drame                                  Je graverais tout ce que me dévoile le soleil
Et mes soupirs                                                      Me murmure la lune
Sur mon jardin                                                     Ce que me narre la tourterelle
Et les tombes de mes morts                                  Sur le puits
Et je graverai                                                       Dont les amoureux ce sont exilés
Toutes les amertumes                                           Pour m'en souvenir
Qu'effacera le dixièmes des douceurs futures         Je resterais debout a graver
Je graverais le numéro                                          Tous les volets de mon drame
De chaque arpent spolié de notre terre                   Et toutes les étapes de la défaite
L'emplacement de mon village, ses limites              De l'infiniment petit
Les maisons dynamitées                                        A l'infiniment grand
Mes arbres déracinés                                             Sur un tronc d'olivier
Chaque petite fleur écrasée                                    Dans la cour
Les noms de ceux qui ont pris plaisir                      De ma maison
A détraquer mes nerfs et mes souffles                          Tawfiq Zayyad,
Le nom des prisons                                                     Extrait de
                                                                                        Enterrez vos morts et levez vous


on parle d'un million et demi d'oliviers
que les forces d'occupation israéliennes (colons et armée) auraient brûlés ou déracinés depuis 2000

jeudi 12 janvier 2012

"bonne" annee..


Qu'est ce que l'on fête ? Le début de celle qui arrive ou la fin de l'année?

On ne sais plus vraiment...
Qu'est ce que cette nouvelle date va impliquer vraiment ? 
Sentir que le temps passe...
Quelle est la dose d'espoir de changement que l'on s'offre dans cette fête?
Ici l'espoir se deal comme une drogue...

Certains l'entretiennent comme un beau jardin, d'autres se le passe comme un héritage de famille, les politiques en assaisonnent leurs discours pour arriver a leurs fins , ceux qui l'on perdu se traînent entre résignation, douloureux compromis et collaboration
...

On se souhaite une belle année, on fête ce passage vers l'avant ... mais est ce que nos bonnes résolutions vont faire l'année qui vient moins pourrie d'inégalités?

Alors moi j'ai envie de fêter nos révolutions silencieuses.
Celles de tous les jours, intérieures. 
Celles que l'on gagnent contre nos propres peurs, les luttes menées pour moins s'ignorer, pour laisser de la place a l'autre, pour rêver a plusieurs
...

matin du 31 décembre...
          
                  ...un bruit m'interpelle dehors alors que je me lève. Je regarde par la fenêtre de ma chambre et vois 3 enfants qui jouent dans la rue qui descend du centre Al phoenix vers le camp. Arme d'un vieux freesbe pour l'un, d'une sorte de tuile en plastique géante pour un autre, ils se laissent glisser dans la pente raide...
                   ...Ils font de la luge...
     Je fais le lien avec la date du jour et m'extasie un instant de la magie de l'histoire : avec mon frère quand nous étions petits, chez mes grands parents, a cette même période de l'année, nous avions le même jeu..
                    Mais nous avions de vraies luges....
      Et passé l'exotisme, passé l'émerveillement que les enfants jouent quoi qu'il arrive, je me rend compte du mythe que je transporte : croire qu'ils se "satisfont" .
                    Des phrases comme "la-bas, une ficelle, un bout de bois et ils sont contents", résonnent dans mes oreilles.
      Enlève a des enfants européens les supers jeux manufacturés en plastiques colorés qu'ils viennent de recevoir pour Noël, tu ne leur enlèvera pas l'envie de jouer pour autant..
     Donne a ceux-la de meilleurs moyens ils joueront d'autant plus, ce sera plus facile, peut être plus épanouissant. 

Dheishe
De ce que j'en vois et en entends, grandir dans un camps de réfugiés c'est ne pas avoir de place pour être môme. Pas d'espace pour jouer, pas de parc ou traîner, pas de plage, de foret, de bocages pour se promener, observer, expérimenter... 
Alors tout cela se fait dans la rue , l' Espace Collectif.
Ça veut dire jamais vraiment seul. Ça veut dire toujours le même décors. La rue ce n'est pas l'espace des enfants, c'est celui de tout le monde, par défaut... Lieu d'interaction sociale ou chacun s'aménage une place...
Alors oui bien sur "ils jouent tout de même", mais l'occupation les privent d'espace pour grandir,  de la possibilité de "s'évader" du quotidien.

Est ce que ne pas se laisser mourir d'ennui, est ce que faire quand même "avec" (parce que c'est la dedans qu'on grandi), c'est se satisfaire ?..
       Je ne crois pas. Personne ici ne me parait "satisfait" de vivre dans ce camp, d'être réfugiés, de n'avoir que ces conditions a offrir a ses enfants..

                     Je rêvais donc d'un canon a neige et d'une baguette magique quelques instants
...
 
       Le soir, nous sommes invites a fêter le nouvel ans avec un petit groupe d'amis palestiniens, moi je suis la seule fille.... La" fête" est dans une très belle maison en dehors du camp, c'est  immense, en cours de construction,  prêtée pour la nuit.
       Je suis très curieuse de découvrir a quoi ressemble ce genre de soirée, j'observe. Tout est prévu pour ne pas manquer, je sais que c'est pour l'occasion exceptionnelle : quantité de viande pour le barbecue, houmous, boissons, alcool en tous genres, narguilé..
        Dans cette immense maison vide et froide, un lieu ou être "libre" de boire, de faire la fête.. Je comprend que ce qui importe est d'être la, ensemble.


                     Arrive minuit et l'on se souhaite tout le bonheur possible... Dehors résonnent les premiers feux d'artifices. Les voisins en tirent eux aussi depuis leur terrasse..en tenant les bases directement dans leurs mains !! Les fous... Il n'y a bien qu'en Palestine que je verrais ça !         
       
      Tard dans la nuit un ami prend son oud (instrument a corde traditionnel du moyen orient) et nous offre sa musique.. Les autres ont chantés pour l'accompagner puis tout le monde s'est tue, l'écoutant jouer, se laissant transporter jusqu'au petit matin...
       Heures de paix et de bonheur...
                                                     ...pour entrer dans l'année 2012, dite du chaos...