vendredi 6 avril 2012

Bamako

J'ai découvert avec la Palestine ce que signifie pénétrer et résider dans un pays sous occupation
Je découvre aujourd'hui  à quoi ressemble pénétrer dans un pays en guerre..


La capitale Malienne paraît pourtant tranquille et aussi paisible que j'ai pu la voir les deux première fois où je suis venue.. mais la guerre est sur toutes les bouches, dans toutes les conversations, à tous les flashs d'infos...
Partout je découvre une nouvelle invitée : "la peur", parfois réelle angoisse, parfois simple appréhension, mais la peur est là, c'est elle qui a gagné pour l'instant.

Entre coup d'état et guerre civile... 

Moi, dans la chaleur et le désoeuvrement de la journée je n'ai rien trouvé d'autre à faire que la sieste pour passer les heures..

Je ne suis pas très stressée par les "évènements", voir pas du tout, mais je me rends facilement compte que c'est parce que je n'ai aucun enjeux ici.

Ni famille à nourrir et à protéger
Ni travail qui dépend des touristes et qui risque de s'effondrer
Ni amis qui partent combattre ou qui habitent le nord pour qui avoir peur

Je ne suis pas très stressée mais je ne fais que passer  : arrivée cette nuit par le seul bus de la journée "entrant" dans le pays , je repars demain matin  vers le Sénégal avec deux hongrois rencontrés au hasard de la chance.

A ce que j'ai vu, sur la route en venant comme ici, la tendance est plutôt à se tirer quelque soit la destination ! Il n'y a presque aucun toubab qui reste, et les Maliens qui ont les moyens s'en vont au maximum vers les pays frontaliers..

Quoi qu'il en soit je me demande si je passerais un jour plus de 48H ici !! Cette ville est chaque fois un trampoline mais que je ne la rencontre jamais vraiment..
C'est peut être écrit ainsi...

lundi 2 avril 2012

...

Bon...
Je le savais avant de commencer ce blog : il y a des choses que les mots ne parviendront pas à transporter, des choses que je ne pourrais faire partager à personne...J'en prend encore plus conscience aujourd'hui ..


J'écris pour donner des nouvelles :

je vais bien
Ce fut simplement trop court...
petit tour sur le net après plusieurs jours loin de la fourmillière...
Je pars demain vers la Mali.
No inquiètude


J'écris pour raconter :
...




*

Je parti en brousse, donc..
Il me fallait aller retrouver le Burkina Faso, "pour de vrai "

*

Madou et Maryam 
Calée derrière Madou sur sa moto, direction son village : Mé.
Je passais les trois premiers jours dans une inertie casi totale. La cour de la famille, qui est au bas d'une falaise au milieu de la brousse, fut mon territoire, je ne la quittait pas, ayant perdu d'un coup tout envie d'exploration.
Je me trainais d'une chaise à l'autre au grès de nos discussions et du soleil qui tourne...Presque immobile...
La chaleur aidait grandement mon immobilisme, mais il y avait quelque chose d'autre que je n'arrivait pas à définir. Retrouver un territoire ce n'est pas comme courir l'un vers l'autre au ralenti sur la plage.. chez moi ça ressemble plus à un atterrissage.
Plusieurs fois j'eu l'envie d'écrire.
J'allais chercher mon carnet puis retournais m'asseoir à l'ombre mais chaque fois mes pages restaient vides. Incroyablement vide.
Les petits carreaux s'alignaient insolemment devant moi alors qu'autour tout restait à décrire.

Au matin du quatrième jour je partis à pied, seule, bien décidé à aligner au moins quelques mots. J'allais jusqu'à une source au bas de la falaise espérant ombre, solitude et inspiration. Je marchais comme titubant, me sentant d'une grande faiblesse.
Arrivée dans la fraîcheur de la source, à l'ombre des arbres, saoulée de soleil, je m'écroulais (presque) sur une grande pierre plate..
Je ne saurais dire combien de temps je suis resté là, en demi-sommeil...

Peu à peu je me suis "éveillée" et ai commencé à prendre conscience de tout ce qui m'entourait....
Dans mes oreilles se mélait le chant d'oiseaux invisibles au bruit du vent dans les feuilles...
Devant mes yeux, sur l'eau, se dansait un ballet magnifique, presque au ralenti... quelques feuilles mortes filant comme des bateaux, en équilibre sur leurs tranches, croisant de petites fleurs blanches tournoyant sur elles-même en déssinant de petits ronds. Juste au dessus planait d'incroyables graines parachutes aux longs poils blancs, entre étoiles et animaux féeriques ...
Lentement j'inspectais mon environnement du regard et pris conscience que, loin des décors l'imitant, j'avais retrouvé la Nature.. sauvage..
Elle se laisse donc parfois approcher...
Je découvris une faune et une flore incroyable, toute proche, dans les arbres, sur les pierres alors qu'à quelques dizaines de mètres de l'oasis la sécheresse faisait rage..
Des dizaines d'oiseaux, peut être des centaines ! Certains petits, aux longs becs fins, les plumes grises et oranges. D'autres étonnants, arborant un rouge feu éclatant sur la gorge et le ventre. Un oiseau beige et brun si gros qu'il me fit sursauter. Des pigeons roses et bleus. Un groupe d'oiseaux d'un noir brillant se chamaillant en plein vol...
Et puis..un écureuil gris courant ventre à terre pour se réfugier au sommet d'un arbre, d'autres se poursuivant sur un tronc, quelques libellules, de grands papillons blancs et de petits jaunes tachetés de brun, des lézards de toutes tailles aux couleurs variée : marrons, gris, à têtes jaunes, verts, oranges, la gorge zébrée de bleu éléctrique, ect..
Je restait là.
Admirative.
Au fur et à mesure que les heures passaient je me sentais de plus en plus chez moi près de cette source.
 Je m'y lavais un peu, me promenais aux alentours, chantais, dansais même..
Pieds nus sur les rochers, j'avais l'impression d'être en train de me "recharger".
De me remplir.
D'avaler en moi tout ce "vrai".
Je me rendis compte que, durant presque 5 mois, mon voyage m'avait tenu éloigné de la terre, de la nature, et que ça m'avait manqué ...
Infiniment.

Sur la route du retour je trouvais même quelques fruits sauvages que j'emportais avec moi, espérant qu'ils soient comestibles... Je me sentais Robinson Crusoé à ses plus belles heures..

*

Après Mé, je voulais retrouver Borodougou
Ce village qui fut un peu un "chez moi" pour quelques mois lors de mon premier voyage.
Là bas vivent Batiste et sa famille, en ce moment restée en France, des amis qui portent pas mal de projets au traver d'une association implantée localement .

J'arrivais en stop, sacrément fière de mon coup et toute heureuse de reconnaitre le chemin, les arbres, les paysages. Sur place je fis la connaissance d'un groupe de jeunes (ados et enfants) venus "prendre l'air"avec leur école, de leur vies françaises pleines de bosses  ... Je reçue la bourrasque de leur rencontre en pleine figure  et elle me fit du bien. 
Encore une fois m'était offert l'opportunité parfaite pour relativiser...
Contraste détonant entre ce groupe du Pas de Calais et les jeunes du villages. J'admirais les couleurs de leurs échanges et me régalait de n'être que de passage, légère, entre les noeuds.

Cette belle, journée qui se transforma vite en deux puis trois, me rendit souriante et motivée pour la suite.
Je retrouvais la case que nous occupions avec Celmish et fut pris de nostalgie en m'y installant.... Combien d'après-midi belote ont pu se jouer sur cette terrasse? Combien d'heures à admirer la brousse, à débattre du monde... 
Devant ces souvenirs je pris la mesure de ma solitude..
"Mais la route est belle et elle n'est pas finie" ...

Le jour de mon départ fut un dimanche et je décidais de me rendre à la messe pour y voir une amie chanter. Bien sûr je me trompais de route et d'Eglise...  finalement, deux heures durant, dans la sueur et les boubous brodés, j'assistais à une messe magnifique, pleine de chants à la gloire de Jésus plus entrainants encore que le gospel, de danses libres au milieu des allées, d'improvisations de djembé dans tous les sens au milieu d'une petite paroisse de campagne... 
Inoubliable tableau qui m'arrivait comme un présent de la vie pour me murmurer qu'il y avait encore bien des choses à partir découvrir.
*

Et
après deux ans d'attente, je pris enfin ce mini bus dont j'avais révé tant de fois....
Enfin.
Mon sourire s'agrandissait au fur et à mesure qu'il avalait vaillamment les kilomètres, débordant d'humains et de marchandises.
Enfin.
Retrouver le Vieux Coulibaly.

A mon arrivée, pas de roulements de tambours mais son sourire, si beau, le plus beau des cadeaux.
69 ans cette année et il rayonne toujours tellement... peut être que les Etres de lumière ne s'éteignent jamais..

Je retrouvais avec délice cet homme, sa famille, son village, ses histoires.

En l'espace de quelques jours tout pris sa place comme si j'étais un membre de cette famille depuis toujours.. Je passais énormément de temps avec les enfants et, comme d'habitude, ce sont eux qui m'apprirent l'essentiel, sans juger ni condamner mon éternelle ignorance.
Ils m’initièrent à l'art de chasser les mangues tombées en pleine nuit, à reconnaître un fruit mûr d'un qui me rendrait malade, à récolter les anacardes (noix de cajou) au champ, à porter une bassine en équilibre sur ma tête, et bien d'autres choses..
Je priais pour qu'ils m'adoptent comme l'une des leurs et me laissent un peu approcher leur monde de pirates inconscients dérobant du bonheur à la face du monde alors qu'on ne les a même pas compté dans le "grand partage". 
Quelle jolie revanche par ceux à qui la mondialisation ne laisse que quelques miettes humanitaires et la "dette" en héritage: faire cohabiter ainsi dans l'harmonie trois religions et autant de générations, alors que les pilleurs en costards se gavent d’anxiolytiques, se noient dans la terreur de l'autre ne sachant plus qui est l'ennemi et finissent par vomir leur écran plat qui les laissent, malgré tous les pixels du monde, seuls.

J'enviais à ces enfants leur force innocente, pas une seconde leur situation.
Je ne rêve ni de manquer d'eau, ni de connaître la faim, ni de rêver un visa que je n'aurais jamais, ni que les mômes de "chez moi" aillent apprendre à l'école dans une langue qu'ils ne maîtrisent pas et qui est celle de la colonisation... 
 -Mort aux mythes du "bonheur simple des africains" et du "bon sauvage"-

Ces quelques jours chez le vieux Coulibaly furent évidement trop courts. 
Ils nous laissèrent à peine le temps de nous retrouver, de mesurer, ensemble, le temps écoulé. Chaque heure passé me rapprochait de l'indéfinissable paix qu'il m'avait semblé laisser là en partant il y à deux ans.
Prendre le temps de regarder autour de soi, de ne rien se dire, de parler avec passion des poules, des chèvres, de la météo.
Un après-midi nous partîmes en expédition mangues à confiture et, sur la route, assise derrière lui sur sa mob, je me fis la réflexion que mon voyage pouvait s’arrêter là. J'avais accompli mon objectif. 
J'admirais de dos cet homme : costume impeccablement lavé mais usé jusqu'à la corde, chapeau visé sur la tête et lunettes de soleil ridicules décorant le tout (offertes par une amie française)... Il était admirable... et ça , être digne d'admiration, ce n'est pas courant ...

A peine retrouvés il fallut séparer nos routes .... mais seulement jusqu'à mon prochain passage
Puis retrouver Bobo, l'agitation de la grosse ville qui comme toutes ces semblables va trop vite pour moi.


*


De temps à autre une radio branchée a RFI  me donnait des nouvelles, d'un jeune homme qui abatait des enfants pour en venger d'autres, du pays voisin qu'on coup d'étate, d'un président Syrien avec lequel il aurait fallu "dialoguer",de quatorze mille réfugiés Soudanais que l'on déplacaient à nouveau pour ne pas finir atomiser...
de quoi alimenter nos discutions mais pas de quoi s'affoler au fond...
...ce ne sera pas le dernier putch de l'histoire africaine, ça n'est pas le premier massacre que l'on camouffle pour protéger les intérêts des puissants et ça n'est même plus surprenant que certains se rabbattent sur la violence face au silence collectif...
Quoi que la folie des hommes provoque ça n'apportera pas la pluie...

*

vendredi 16 mars 2012

Changement de décors

Whouah...!!!
C'est dingue, fou, incroyable...
Comment décrire ?
C'est magique


On oublie.
On croit qu'on oublie.
On se souvient oui c'est sûr, mais les visages se font flous, les couleurs incertaines, la musique lointaine...
Et puis...
Arrivée a Bamako en plein après midi.
Une chape de chaleur me tombe dessus. "Bien sûr" me direz vous.. Mais cette sensation d'être enveloppée toute entière, ce châle pesant, cette brume qui cache le soleil...je l'avais oubliée.
Il m'a fallu quelques minutes pour que mon corps se souvienne.
Autour de moi tout avait changé.
Inspiration, expiration.... On re-ouvre les yeux, c'est donc bien vrai, je suis là !


 Le souffle du Dieu Ventilateur, le goût de la Castel fraîche (bordel Celmish! le goût de la Castel fraîche !! Tu te souviens de ça?!), l'odeur des brochettes, l'accent des gens, le mien qui revient au galop, toutes les petites expressions , les chiens qui dorment le long des murs dans la rue, la circulation folle, les manguiers lourds de fruits bientôt mûrs, l'odeur de la moustiquaire pleine de poussière de sable, celle de la citronnelle le soir pour se protéger des moustiques, les gardiens qui discutent devant les portails.... Me mettre en jupe, écouter un conteur sous la paillote, aller danser, rencontrer pleins de monde..Une foule de chose me reviennent d'un coup, me laisse hallucinée, entre les larmes et l’hystérie... Je fais sourire les locaux...
C'est là, c'est intacte. Tout est là, tout me semble familier, c'est intégré en moi...
          Qu'est ce que ça fait du bien !!

          J'ai passé ainsi deux nuit dans une auberge pour baroudeurs , me demandant comment j'avais fait pour vivre loin d'ici pendant si longtemps et comment j'allais faire dans ma vie pour me partager entre tous ces lieux qui ont accrochés mon coeur..

[Je suis amoureuse du monde.. C'est peut être pour ça que je hais autant ce système qui le défigure..]
      &fbsp+
        Puis j'ai pris la route, avec un gros con (sisi) de blanc venu se faire du fric dans un des endroits les plus pauvres du monde. Comme il le dit lui même "c'est une philosophie de vie, on est pas là en vacance, c'est le bizness.. Je m'appelle pas Mère Thérésa hein !" ...Édifiant...C'est pas l'envie de le faire disparaître sur le chemin qui m'a manqué mais bon, je ne sais pas conduire...

                Arrivée à Bobo il y a maintenant une semaine presque...
Combien de degrés peut il bien faire?
Je suis là, me traînant, pauvre petite toubabou terrassée par la chaleur..
Bobo Dioulasso
Flash back. Retour aux sources.
Je reprends comme si je ne l'avais pas quitté, mon mode de vie ultra tranquille....  Je vis dans une famille d'amis, fais un peu de couture pour réparer les vêtement des mômes, me balade, participe à la bouffe lorsqu'on me laisse faire.. Les vacances quoi !
Discutions, rigolades, politique, embrouilles de quartier et problèmes d'argent..
Je peux ici cracher mon venin sur les riches qui veulent toujours rester riches mais avec la bonne conscience en prime, ça fait rire Odile
"Il ne doit pas y avoir beaucoup de blancs qui aiment ce que tu dis hein! Tu parle trop vrai"..
Peut -être...

Vient le temps où je me pose la question de savoir ce que je fais là.
Pourquoi venir?
Constater une situation sans être actrice de rien... Déjà la fois passée ce questionnement me hantait...
L'état de pauvreté général me frappe.. et qu'y fais-je ?
"Je visite des amis" est la réponse la plus acceptable que j'arrive à donner. Mais en réalité... je m'offre de la découverte. Égoïstement . Je baigne dans le luxe du voyage, d'avoir le bon passeport et suffisamment de moyens pour me promener de par le monde.
J'apprends, je découvre je compare, essaye d'échanger, m'en met pleins les yeux... Pour me construire, m'ouvrir l'esprit, comprendre ce monde. Pour moi quoi...

"Le voyage pour moi, c’est une manière de chercher et d’essayer de trouver dans l’humain ce qu’il y a de plus noble. C’est ce qui me permet de garder foi en la nature humaine. Personne ne peut prévoir l’avenir, c’est pourquoi j’écoute le présent. "

voilà quelques lignes volée à un autre voyageur, Clement , qui me parle si justement par ses mots qu'il me fait décoller, partir avec lui.. partager ses réflexions...

Comment je me retrouve ici alors qu'aucun de mes amis non-français ne pourrait venir jusqu'en France?

J'aime à dire qu'un des axe que j'ai choisi de suivre c'est de comprendre les différents visages de la colonisation. Ici comme en Palestine je vois cette oppression, souvent venue de l'occident, qui maintien l'état du monde, " l'ordre mondial", laissant le nord décideur et le sud toujours plus pauvre.. Comment ne pas vouloir enrayer cela? Au moins ne plus participer, peut être mettre un bâton dans la roue de la machine...
La réflexion est en cours mais le choix est déjà fait.
Oui, je suis révoltée.
Et comment ne pas l'être?
Tant pis si ça vous fatigue, tant pis si ça ne sert à rien
Je veux croire..
Comme dit Clément "garder foi en la nature humaine"

...
Dimanche départ en brousse
 revoir tout le monde, surtout Le vieux Coulibaly.
Je vais faire un petit tour des villages où j'ai passé mon temps la fois passée, j'ai hâte de vivre ces retrouvailles!

dimanche 11 mars 2012

Bonne Arrivée !!!!!!








Je suis au Burkina....

Presque deux ans après en être partie donc.. je tiens enfin la promesse que je m'étais faite de revenir !!
...les mots me manquent..

lundi 5 mars 2012

Le Caire






Rayons de soleil sur le Nil 
Premiers regards sur le Caire
J'ouvre des yeux neufs
Découvre le géant sans prendre part a l'agitation
La place Tahir en point de repère
Loin des sentiers touristiques
En vacances
En convalescence ..
de cette Palestine qui me reste dans la bouche
Comme après un long sommeil
Me promenant dans ma propre vie
Oubliant de visiter les incontournables
Ne suivant que la portée de mon regard
Pas de guides, de musés ou de pyramides 
Tournant les jours comme des pages
Oubliant de "profiter de la chance d'être là"
Mais jouissant de chaque instants
Je flotte
Je suis
en transit

[...]


J'ai la Palestine en tête comme un parfum. 
La magie de l'école de cirque, la voix des amis, l'envie d'apprendre encore, la couleur de l'espoir scotche sur la rétine... dur de tourner la page...
Je jubile de retrouver ici la musique de langue.. 

Puis soudainement l'Afrique est là.
Dans la circulation du soir, au détour d'une expo ou d'une femme qui passe, portant un colis sur la tête
l' Afrique est là.
Sale, belle, bruyante, pleine de couleurs partout et d'odeurs fortes sur les marchés..
Sans que je m'y attende je retrouve des sensations, elle me prend a la gorge et me tire des soupirs ...
Alors, heureuse d'aller la retrouver, je regarde vers l'avant, 
et en attendant, parmi 25 millions d'habitants, je découvre le Caire

[...]


Entre une érgotherapeute Libanaise, qui m'offre de partager son expérience auprès de jeunes autistes en plus de m'héberger
Entre un couple Franco-Italien, amoureux du monde arabe et de sa langue, qui servent de cobayes à mes envies de cuisine
Entre un hôtel bon marché pour voyageurs atypiques tenu par une féministe engagée
Entre ses réceptionnistes homos qui, sans me connaître, m'ouvrent la porte de leurs mondes et de leurs amitiés autour d'un thé, d'une blague ou d'un narguilé
Entre mes balades seule en métro, traversant la ville dans un sens puis dans l'autre, savourant la non-mixité des rames, admirant la beauté des jeunes femmes
Entre le calme des quartiers aisés, pleins d'arbres, et l'agitation de Down Town, pleine de voitures
..
Entre le Proche Orient et l'Afrique
Dans ce patchwork magnifique
Dans ce début de printemps 
Je découvre Le Caire

jeudi 1 mars 2012

Chroniques Irsaeliennes

[Je me suis laissé une nuit de sommeil porteuse de conseils pour finalement décider de recopier tel quel ce que j'ai écrit ces trois derniers jours.. C'est la première fois que je fais mais je crois que mes écrits al chaud sont plus parlant que mes mots d'aujourd'hui. C'est donc écrit du dimanche vers le mardi]


Acte 1- 

          Je me demande presque comment je suis arrivée ici.. Je viens de parcourir deux milliards d'années lumières en 15 kilomètres...

          Je reste un moment abasourdie par l'horreur du monde "réel".
Il ne se passe rien et tout à la fois..

          Je suis assise sur un grand lit bleu, la chambre est moderne et confortable. L'appartement est grand, le frigo vide et il y a 300 chaînes a la télévision. Je passe d'une pièce à l'autre, promène mes mains sur le mobilier impeccable. Aux murs du salon quelques affiches encadrées. L'une titre  " la langue de lumière qui met des ponts entres les gens : l'hébreu"... Une autre est un medley  d'articles à la gloire du premier président d'Israel...
          Où suis je ?
          Mon hôte s'est absenté deux heures me laissant seule ici. Cet un homme est un miracle pour tout vadrouilleur avide de rencontre. Il  fait parti de ces gens qui en 2 secondes vous embarquent dans leur monde, vous acceuillent les bras grands ouvert avec milles histoires de voyages à partager.


          Mais pour la , je crois, première fois de ma vie, mon estomac se retourne en entendant quelqu'un parler. Ses propos me sont indigestes.. physiquement... Parce qu'ils sont la norme ici.

          ... Aucuns bruits autour de moi, tout est calme, mes oreilles bourdonnent, ça hurle même. Le vacarme du silence... Je comprends que cet homme n'est pas un ignoble connard quand il me dit sincèrement que  "le problème, c'est les arabes", il est juste comme tout le monde.. Ici quasiment tout le monde pense ça !!!...

          Je voudrais me réveiller.

          Il a arrêté sa voiture sur le bord de la route, à Jerusalem, alors que je marchais vers un point de stop. Il m'a offert l'hospitalité, me disant que, vu les heures de routes devant moi, mieux vaut s'y prendre le matin. Pas faux. Alors je grimpe, on discute. Il est "cool", ouvert sur le monde, artiste orfèvre depuis 30 ans, joue du djmbé, voyageait en stop quand il était plus jeune.. Les premières questions arrivent et en quelques minutes il me faut rentrer dans mon mensonge de vacances en Israel, ce que j'y ai fait, ce que j'aime dans ce pays, ect.. Je me dis que c'est un bon entraînement pour passer la frontière. Quelques mots d'arabe m'échappent, on en rigole, (ouf !) il me dit que lui aussi en connaît un peu, " quand j'étais petit mon père faisait travailler des arabes sur ses chantiers". Mon visage se crispe, je ne dis rien, regarde par la fenêtre. Là, devant moi, se dessine l'autre visage de cette ville, propre, pleine de jardins publiques, de rues commerçantes... Avant que j'ai le temps de m'en rendre compte je suis propulsée en occident, j'ai sautée dans le grand bain a la découverte de ce qu'est "Israel"... Le choc est frontal...


          Pourtant j'ai juste passé le mur..


[je suis comme les personnages de The Village ou The truman show lorsqu'ils découvrent  "l'autre cote"]

Fin de soirée, on raccompagne quelqu'un à "Gilot", j'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce nom, mais où? Pourtant je ne connais rien de ce cote ci.. C'est étrange la route est la même que pour aller au check point de Bethlehem... Et puis l'architecture, la vue au loin, d'un coup tout s'éclaire : je connais Gilot très bien, j'ai pu l'avoir en ligne d'horizon pendant 3 mois .... Gilot c'est la colonie énorme  qu'on voit en face de Bethlehem ...

          Combien de fois me suis je dis  "si ça tombe ils ne se rendent pas compte?".. et bien oui, les gens ne savent même pas que c'est une colonie ! Ils sont justes venus vivre là parce que c'est neuf et pas cher, ce sont juste les nouveaux quartiers.. L'état offre des aides pour favoriser l'accès a la propriété des jeunes..
          "Les lumières au loin? Quelques villages arabes qui restent mais ne t'inquiète pas ils ne peuvent pas approcher"... Quelque part dans ces petits points brillant : Deishe



Acte2-

          Le paysage défile....

          Le front collé a la vitre du car climatisé, j'admire ... la mer... 

On la longe depuis une heure peut être, à droite la montagne se dresse a pic, belle, sur la rive d'en face idem. Seule cette langue d'eau turquoise au milieu du désert.



           Je me cache dans mon pull pour pleurer, je ne veux pas qu'on me vois.
           Où sommes nous ? Sur quelle planète?
Je regarde les passagers autour de moi, la réponse s'affiche: nous sommes dans l'autre monde, dans la bulle israélienne.
          Le tracé de la route évite soigneusement tout panoramas de villes, villages ou simplement trace de vie palestinienne. La Palestine est comme gommée du paysage, oubliée. Tout parait désertique. Ici une station service israélienne entourée de palmiers telle une oasis miraculeuse, là une usine, plus loin une base militaire, les panneaux indiquent les colonies..
          Nous faisons route vers le sud, "le ciel est bleu , la mer est belle, les gens sont heureux sous le soleil". Tout le monde est pressé d'arriver, je suis désespérée ....
 Pendant la pause j'entends du russe, de l'espagnol, du français, de l'hébreu, c'est le grand melting pot... j'entre dans la station service, un café vaut 4 sandwishs falafels a Deishe... 
les larmes reviennent, je me cache encore...


          Plusieurs fois depuis hier j'ai des flash, d'un coup la Palestine me manque, mais je suis en  Palestine...


Ça me brûle a l'intérieur, cette réalité d'apartheid. Je pense a autre choses, à ma route qui continue [...]  Je rouvre les yeux, le car est toujours là, horreur..
          Impression d'être dans de la science fiction, ce n'est pas possible, ça n'existe pas, nous ne sommes pas en train de rouler comme se de rien était sur cette terre volée alors que mes amis vivent dans un camps de réfugiés. Autour de moi tout le monde s'en fout, a hâte d'arriver à destination, il n'y a pas de problème pas de Palestine...
          Vous connaissez ça ? Quand la vérité est si insoutenable qu'elle donne envie de vomir, qu'on ne veut pas la croire..


          Je voudrais avoir quelqu'un avec qui en parler mais ceux qui m'entourent ne voient même pas ce que peuvent être des Palestinien, il n'y a que des arabes et ce mot leur fait peur.. C'est l'indifférence générale alors que mes amis attendent, parlent, rêvent du "jour où".
          Le jour où ils iront a Jerusalem pour la première fois, celui où leur frère sortira de prison, le jour où il n'y aura plus de zone C, le jour où ils contrôleront leurs frontière et pourront décider eux même de la durée des visas des étrangers, le jour où eux aussi pourront voyager, celui où ils n'auront plus peur des soldats la nuit, celui où ils pourront de nouveau exploiter l'eau et rendre a la vallée du Jourdain sa luxuriance légendaire, le jour où nous feront tomber ce mur...
           Ici ce jour n'est même pas un cauchemar, il n'existe juste pas.

          Personne ne s'imagine une seconde revenir en arrière..




Acte 3-

          Il est 18h54, il fait 19
°

          Les jeunes filles en mini short sont parties se chercher un pull pendant qu'ici et là on enlève les matelas des transats.. A ma droite s'élève le SHOPPING CENTER avec son enseigne en grosse lettres lumineuses. Dans mon dos la, longue, promenade et les hôtels "face mer" en arrière plan. Des centaines de bars, boutiques de souvenirs, vendeurs de glaces, restaurants, magasins de grandes marques,stand d'accessoires hippies, ect, se succèdent sur au moins deux kilomètres...
          Nous sommes a Cannes, Nice, Biarritz...
 Les jeunes se baladent en bandes et se draguent sur la croisette, ça se questionne sur tel bracelet brésilien, tel collier a plume ou telle lunettes de soleil..

           Eilat, la station balnéaire au bord de la mer rouge.

          Je me suis assise au bord de l'eau pour écrire plutôt que d'hurler..
La Palestine, ma vie là bas, les gens que j'y ai rencontré, tout me manque... et pourtant.. j'y suis toujours.
          La Palestine est là quelque part.. partout sous ce béton et ces hôtels de luxes, dans les milliers d'années d'histoires qui résonnent ici, dans ces pierres, dans les centaines de générations qui ce sont succédés sur ces rives, dans les reflets argentés du soleil qui se couche sur la mer ce soir..

          De l'autre coté de l'eau, les lumières d'une ville Jordanienne s'allument, quelque part vers la rive un mat très haut porte un drapeau immense.. celui de la Palestine

          Et dire que certains m'ont trouvé "bien du courage" d'aller à Deishe, on s'est enquéri de savoir si le "climat politique" n'était pas trop pesant... Mes amis ce ne fut qu'un doux rêve comparé à ce qu'endurent mes nerfs et mon coeur ces deux derniers jours..
          J'ai tant reçu là bas.. ici l'individu est roi..
          Deux jours cauchemardesques, pourtant je suis passée du "bon coté", les rues sont bordées de palmiers, les taxis ont des conteurs, tout le monde se sape comme il lui plaît, ça sent l'air de la mer et de la liberté.
C'est l'Europe, viens cluber avec nous ce soir... " Enjoy" me répète t-on partout...

          Enjoy Valou, oublie
car de ce cote ci, regarde, tout le monde s'en tape de tes histoires......

          Pas un jour depuis trois mois sans que je n'entende parler de politique ou "d'Israel". Pas un journal télévisé sans évoquer la "situation", l'armée, les nouvelles attaques de colons, les nouveaux vols de terre.. Toute une population qui voit sa terre, ses droits, sa liberté diminuer en direct live. Qui s'en arrange pour certains, qui continue d'y croire et d'espérer pour la plupart..

          Et ici, autour de moi sur la plage, c'est comme si ça n'existait pas... Je n'ai pas entendue une seule fois le mot Palestine depuis mon départ...

Je l'écris honnêtement, je ne pensais pas qu'il serait si dur d'être témoin de tout ça..


Acte 4-

          En attente de visas

Vraiment ici c'est le paradis, l'été toute l'année, tout ce que l'on peut désirer a porter de main.
Quelques femmes, cheveux au vent et tongs aux pieds, promènent une poussette en fumant une blonde. Une voiture de sport passe et klaxonne un ami qui lui répond par de grands signes en criant "Hi !!".
C'est  la fête..

          "Whou! Le bonheur est partout
            ça dégouline, c'est fou
            ça va pas être facile de trouver son style
           Allez.."

          Première démocratie capitalisme du monde, finalement c'est assez vrai, si tu passe le casting d'entrée...

          Il n'est pas midi mais déjà le soleil tape fort. Je me réfugie dans la poste, grand hall climatisé. Un homme, la cinquantaine, m'aborde et me drague assez directement en français. Je regarde autour de moi me disant que quelqu'un va le reprendre , on ne se connaît pas et je pourrais être sa fille.  Personne ne nous prête la moindre attention...
          C'est le cinquième qui fait ça en 3 jours, je ne comprends pas pourquoi, je suis perdue, ça me dérange totalement. Non seulement parce que je n'ai pas envie d'avoir a repousser leurs avances mais surtout parce qu'ils ne semblent jamais entendre la distance que je pose.
            Alors c'est ça la liberté?
On fait ce qu'on veut, chacun sa geule ... ?
            Il me dit de venir le visiter au café qu'il tiens sur la plage, ce a quoi je répond que je quitte "malheureusement" Israel cet après midi pour l'Egypte.
Et là, il s'affole :
           " Mon Dieu non ! C'est dangereux, ne vas pas en Egypte, non!"
Je lui demande pourquoi
           "Ils sont fanatiques là bas ! T'as pas vu? Les femmes avec tous ces bazars sur la tête... Quand ils vont voir une créature comme toi... Non, non, c'est vraiment une mauvaise idée... Les arabes n'ont pas de coeur, tu sais ça? C'est vide là ( il me montre sa poitrine)...  Non, vraiment c'est dommage.. quand ils vont te voir ils vont vouloir te voler"
finit il en regardant fixement mes seins.

...j'ai littéralement envie de tuer ce type sur place, là, sans autre motif.. Mais ici ce n'est même pas du racisme, au contraire, c'est une sorte de bienveillance, il me met en garde... Alors je prend le sourire le plus sympa que j'ai en stock et lui répond : "Et ben! J'espère pas, mais je serais prudente promis"
             Au moment de m'en aller il ajoute
 " juste une règle : ne leur fait jamais confiance, ils ne savent pas ce que c'est"
            Je le remercie et m'en vais.

300 mètres plus loin je m'assoie.. je n'en plus... vraiment...

            Quelque part de l'autre cote de l'eau, le drapeau flotte toujours.
Je me relève et marche vers l'ambassade pour chercher mon visa. Enfin, je marche vers la sortie..
         

Dernier acte-

          Je file a la frontière en bus avec mon énorme sac, passeport tamponné en poche.

           Quelques centaines de mètres avant il y a comme un bouchon, les voitures ont l'air d'attendre. Le chauffeur dit "Ah... c'est fermé.." Ah non !! Je saute du bus et trouve d'autre jeunes baroudeurs qui m'apprennent que l'armée est en train de désamorcer une bombe et ont donc bloqué le passage.
           Manquait plus que ça!
Un petit robot est envoyer risquer sa vie de cyborg pour sauver la situation.. Pendant ce temps l'un des jeunes me demande à quelle heure est mon bus.... Mon bus ? Quel bus? " ben le bus de l'autre coté, tiens!"   Merde!!! J'ai totalement oublié de me préoccuper de ça !! C'est sur ça va paraître louche s'ils me demandent ou je vais et que je n'ai aucune infos... Je m'empresse de leur emprunter un guide et de retenir le nom d'un hôtel puis demande l'air de rien à celui qui va au Caire si je peux le suivre un peu, puisqu'il connaît, pour les bus "comme ça je ne me perdrais pas"...on est toujours moins suspect de faire du tourisme à deux..
           1/2H plus tard le robot est de retour et on apprend que c'est au moins deux fois par semaine qu'une valise se transforme en prétendue dangereuse bombe mais qu'en fait il n'y a jamais rien..

          Voila, ça y est, le grand moment. J'angoisse à mort. Je m'efforce de faire ami/ami avec les autres, de faire des blagues dans la queue pour présenter son passeport. Je veux avoir l'air détendue mais lorsque j'arrive au guichet mon état de nervosité bat les records.. La douanière met beaucoup de temps a contrôler mon passeport puis finalement me demande où est mon visas d'entrée. Je lui indique la page, elle tamponne et je m'en vais vers l'étape suivante...100 mètres plus tard et un petit portillon de passé  je vois écrit en arabe et en anglais WELCOME IN EGYPTE... Je me retourne vers mon nouveau camarade incrédule " Israel c'est fini?!", "ben oui, on a passé la frontière là"
          Whaouw.. j'aurais hurlé de joie si je n'avais pas eu si peur qu'ils changent d'avis et m'emmènent passer 10H d'interrogatoire pour expliquer ce que j'ai fait pendant ces trois derniers mois..

          D'un coup tout m'a paru fantastique. Tout était formidable... Jusqu'à la grève des bus censés nous emmener au Caire, mes compagnons étaient scandalisés, horrifiés, moi je trouvais tout génial. J'ai lance fièrement " Malhaba" au premier Egyptien venu et mon co-passeur de frontière m'a dévisagé " mais... tu parle arabe.. ?"... Ah ah ah ! Génial !

          Le vent du Sinai me souffle dans les cheveux. C'est fini...


 

          
 




vendredi 24 février 2012

En vrac

Départ bordélique 


Il y a tellement de choses que je laisse ici
Tellement que je ne vous ai pas raconté, toutes ces petites touches qui font cette terre si attachante pour moi.

Naplouse, plus belle ville du monde
Il y a les rues du camp le soir quand tout deviens plus calme, le bruit des groupes électrogènes lors des pannes d'électricité. Les histoires d'amour et d'embrouille entre les ados volontaires, que je suis comme un feuilleton. Les charrettes plateaux qui débordent de fraises a l'angle des rues de Naplouse. Les policiers qui dansent aux milieux des voitures. Les séances de devoirs et la patience des mères. Les coquelicots improbables sur le bord des champs comme des gouttes de feu dans cette nature qui ne s'est pas encore réveillée de l'hiver. Le match de foot que les adolescentes du camp d 'Ascar ont gagné cette semaine. Les blagues que l'on se fait avec Youssef et Maher quand je décide un matin de devenir grande prêtresse de la météo. Le pain chaud de la grand mère. Le sourire d' Anan quand je l'appelle superman. La beauté des soeurs de Mohamed. Les ateliers avec les enfants. Les parties de cartes où l'on triche. Les films que je regarde avec les autres mais dont je ne comprend pas un mot. Les petits pas avec le poulain et la jument. Tous ces plats extra-ordinaires que l'on me fait découvrir.La bienveillance des gens avec moi. Les soirées d'ébullition quand les jeunes se confrontent avec l'armée en bas du camp.. Il y a mes familles d'acceuil qui m'ont si bien accueillie, celle de Naji qui m'a tant apprise. Le respect que l'on me porte quand je parle de mon voyage, sans jamais me dire "Tu verra plus tard tu te posera, moi aussi quand j'étais plus jeune"..
Il y a cette volonté de croire encore que nous changerons ce monde contre un meilleur...






mardi 21 février 2012

le vent nous portera


          Bon ce coup ci ...
... j'ai eu beau regarder ailleurs, feindre de ne pas entendre les questions a ce sujet, oublier de consulter un calendrier, ect... cette fois ci ça sent le départ.
Sérieusement.

Et je n'ai pas envie
                Oh non !  Pétain , j'ai pas envie...
on ne peux même pas dire que j'y aille a reculons, plutôt traînée par le visa !

          Inextricablement la date arrive : au premier mars je doit être partie.
Et comme chaque fois que mes actes sont dictés par autre chose que par mes envies ou la nécessité, je me sens acculée, mal ... Je ne sais décidément pas me plier aux lois que je trouve absurdes sans en souffrir de tout mon être.
Je hais ces lois je hais ces frontières.


          Surtout que, devinez quoi : j'ai pas trouvé de bateaux.. encore une fois..
A ma décharge je peux tout de même dire qu'il n'y en a pas, ni au départ d'Egypte, ni au départ d'Israel, ni ferries, ni bateaux particuliers.. J'ai sillonner les sites de convoyages dans tous les sens rien !
Que me restait il comme option ? La terre : au nord Irak et Syrie, tout a fait impossible de passer, les frontière sont fermées. Au sud le Soudan puis le Tchad et le Niger pour rejoindre le Burkina. Ça me faisait un peu peur au début mais finalement,  à force de me renseigner j'ai vu que le nord Soudan pouvait être tranquille, que le Tchad est un pays pauvre mais qui a l'air magnifique..
Une fenêtre qui s'ouvre !

 .. jusqu'à ce que j'apprenne qu'il est impossible d'entrer au Soudan avec un visa Israélien sur son passeport...


          Alors encore  une fois au pied du mur, un billet d'avion est pris pour rejoindre Bamako depuis Le Caire, et de là j'irais en stop vers la Burkina...
Je hais ces lois, je hais ces frontières.

Ces histoires d'avions me sont bien plus douloureuses que ne peuvent le décrire mes mots, mais savoir que mon voyage ne s'arrête pas là me sauve...

donc
dernière ligne droite
pourtant rien n'est rectiligne ici
encore quelques souffles de ce froid du soir
encore quelque cris d'enfants dans cette cour
encore quelques bouffées d'air sur cette colline
encore quelques mots d'appris pour faire du sens
encore quelques appels a la prière pour me chanter l'heure
encore un peu de répit en fait : 5 jours.. et après la route reprend direction l'Egypte
..
pendant ce temps dans ma tête résonnent les paroles de  A l'envers ,a l'endroit de Noir Désir

samedi 11 février 2012

Decalage horaire

15h

          Un sourire passe sur le visage d'Anan lorsqu'il m'entend demander une clope.
Je ne fume pas, tout le monde le sait parfaitement.
-"Un peu stressée, hein? "
-"Un peu, oui "
... pas mal même.. Ce dimanche c'est un peu pour moi " l'heure de vérité ".

Mais c'est surtout la nuit qui fut rude, qui me colle au ventre..
          Intercontinental Hôtel un samedi soir...
Envie de vomir ce que je découvre de plus en plus. 

Ce décalage

          Intercontinental Hôtel un samedi soir... 
Inter continents... 
Alors comme ça ici on fait des ponts par dessus les mers ? 
Mais on ouvrira pas la porte a ses propres voisins s'ils n'ont pas le porte monnaie a l'européenne.

          Foutue société de classes, ici comme ailleurs..

          Ici les riches règnent en maîtres, les occidentaux sont chez eux. 
Laisse ta politique au vestiaire, tu es la pour prendre du bon temps...
La personne qui m'invite ne comprend pas pourquoi je "m'obstine" a vivre a Dheishe. 
" Tu t'éclates vraiment la-bas? "
Le mépris évident de sa question me laisse silencieuse... 
Selon lui ce n'est pas un endroit où rencontrer qui que ce soit d'intéressant puisque les gens y sont incultes, souvent violent, feignants, sectaires, communautaristes, ne font rien pour s'en sortir et que la vie y est ennuyante..
Rien que ça ... et sans aucuns préjugés bien sur!
         . Mais je dois remercier ce jeune homme car c'est en le côtoyant depuis bientôt deux mois que j'ai compris comment sont perçus les camps de réfugiés par le reste de la société Palestinienne:

          Grandement aidé par le discours des médias, les camps de réfugiés de Cisjordanie sont de plus en plus perçus comme le sont les quartiers dit "sensibles" (autrement dit banlieues) en France.Chômage, violence, confrontation avec la police, ect. sont autant de problèmes qu'on retrouve dans les deux cas et qui sont sources de bien des préjugés.

Tout comme en France donc, on attribue ici bien des problèmes aux jeunes des camps, sans prendre en compte les conditions de vie pourries qui en sont la raison :
 énorme concentration de population, logements précaires et entassés, pas d'espaces verts, proximité immédiate avec tes voisins, absence de perspective d'avenir intéressante (ou d'avenir tout court) , discrimination par le reste de la population, surveillance des forces de l'ordre bien plus marquée qu'ailleurs, contrôles et arrestations arbitraires fréquents, répression beaucoup plus forte et violente qu'en ville, ect..
On considère les problématiques qui y sont liées comme venant de la population qui y vit plus que du cadre en lui-même.
Le parallèle est criant.
... et les médias jouent le même jeu des raccourcis gentils/méchants : ouverts d'esprit-européanisés contre radicaux-traditionalistes.
Et puisque les réfugiés ne peuvent se satisfaire de leurs conditions de vie, ils ne lâchent pas la lutte, ce qui en fait des ennemis pour l'Autorité Palestinienne qui tend, elle, vers la collaboration et la "normalisation" de la situation.
Alors pointer les jeunes des camps (ou banlieues au choix) comme étant le problème c'est très arrangeant.
Encore une fois on criminalise ceux qui se politisent un peu trop.
Ça ne vous rappelle rien vous?
(...)
rage

          Intercontinental Hôtel ce samedi soir ...

À 25 shekels l'entrée aucuns de mes potes n'aurait pu venir.
Les seules personnes issues d'un camp de réfugiés que je croiserais sont serveurs ou vigiles...
Cet endroit a un sale goût de lieux d'expos branchés où l'on voit des photos des favelas de Rio mais où l'on s'affole quand se pointe des jeunes des quartiers populaires .. 
Je me sens mal a l'aise. 
Les conversations m'ennuient alors que pour une fois je les comprends puisque tout le monde se parle en anglais. Dans la jeunesse dorée si tu n'as pas étudié a l'étranger tu as au moins été au lycée américain... 
On me pose quelques questions, je deviens vite "exotique" avec mon périple en stop, mais je me sens asociale, seule la musique m'intéresse. 
Finalement pas envie de faire des ponts...
On me drague assez clairement et je ne sais plus ou me mettre. J'ai pris goût a la pudeur des gens du camp, a ne pas faire la bise, a garder les manches plutôt longues, ect.. 
-Moi qui suis souvent vue comme féministe !-
C'est qu'il y a quelque chose de sécurisant dans un cadre, aux moins tu connais tes limites.
Ici je ne suis pas a ma place.

          
          Je rentre tard mais soulagée de revenir au bercail .
Je vole quelques heures de sommeil avant d'être sur le pied de guerre pour ce dimanche "Circus Show".

10h
Deux questions turlupinent ma petite tête ce matin tandis que je profite du soleil miraculeux devant le centre:
Combien d'enfants vont venir 
et a quoi ais-je oublie de penser ?

C'est la première chose qui se passe entièrement a mon initiative ici.
Il y a trois jours, début de l'angoisse en me rendant compte que les affiches et les centaines de tracts etaient toujours poses sur le bureau.. les volontaires avaient un peu "oublié" de faire la com...
Détail ...
Detail un poil embêtant lorsqu'on sait que la troupe de cirque fait 3H de trajet aller-retour, sur leur seul jour de congés, pour venir faire la représentation gratuitement, en ayant comme seule demande qu'il y ai le plus d'enfants possible....!

13h
Le centre est si calme.. désert.. ça en devient flippant
On dispose quand même 150 chaises sans savoir si elles seront occupées...
Et puis l'estrade me parait petite tout a coup. Bon on verra.
Et merde, on a oublie de leur prévoir des sandwishs..

16h
Les enfants arrivent par vagues de 4 ou 5
Je suis heureuse de les voir, j'en reconnais certains
Le spectacle est dans une 1/2h, pas de trace des circassiens..
(...)
Quand leur camion débarque enfin  c'est la pagaille totale, un bordel monstre !
Je compte sur les volontaires, qui eux, comptent sur moi..



un triporteur, quatre clowns acrobates, une énergie qui nous éclabousse...
   



Bilan:
Plus de cinq cent personnes sont venues
Un bon quart n'a rien suivi mais était de toutes façons plus là pour voir les potes 
Tout le monde a paru très content de partager ce moment
Surtout les volontaires, allant et venant bras-dessus bras-dessous (on les aurait cru a la boum de fin de colo), oubliant un peu trop les mômes, aidant ainsi au bordel ambiant.
Et même les circassien, épatants, qui ont réussi je ne sais comment a finir leur spectacle, m'ont dit qu'ils étaient ravis d'être venus !
 Moi je suis fière de cette réussite malgré les petits défauts. 
Finalement un vrai travail d'équipe qui offre un super moment populaire.


Victoire









..et des centaines de sourires et de paires d'yeux grands ouverts  !

mercredi 1 février 2012

Ecrit sur un tronc d'olivier, poeme

Parce que je ne file pas la laine                            La marque de toutes les menottes
Parce que je suis chaque jours                             Fermées sur mes poignets
Aux mandats d'arrêts                                           Les bottes de mes gardiens
Et ma maison exposée                                        Chaque juron                                 
Aux descentes de polices                                     Versé sur ma tête                         
Aux perquisitions                                                Et je graverai                                   
Aux "opérations de nettoyages"                            Kufer Qassem                 
Parce que je suis dans l'impossibilité                    Je n'oublierais pas             
D'acheter du papier                                              Et je graverai                              
Je graverai tout ce qui m'arrive                            Deir Yassine                   
Je graverai tous mes secrets                                Ton souvenir me dévore                     
Sur un olivier                                                       Et je graverai                                             
Dans la cour de ma maison                                   Nous avons atteint le sommet de la tragédie
Je graverai mon histoire                                       Nous l'avons atteint
Et les volets de mon drame                                  Je graverais tout ce que me dévoile le soleil
Et mes soupirs                                                      Me murmure la lune
Sur mon jardin                                                     Ce que me narre la tourterelle
Et les tombes de mes morts                                  Sur le puits
Et je graverai                                                       Dont les amoureux ce sont exilés
Toutes les amertumes                                           Pour m'en souvenir
Qu'effacera le dixièmes des douceurs futures         Je resterais debout a graver
Je graverais le numéro                                          Tous les volets de mon drame
De chaque arpent spolié de notre terre                   Et toutes les étapes de la défaite
L'emplacement de mon village, ses limites              De l'infiniment petit
Les maisons dynamitées                                        A l'infiniment grand
Mes arbres déracinés                                             Sur un tronc d'olivier
Chaque petite fleur écrasée                                    Dans la cour
Les noms de ceux qui ont pris plaisir                      De ma maison
A détraquer mes nerfs et mes souffles                          Tawfiq Zayyad,
Le nom des prisons                                                     Extrait de
                                                                                        Enterrez vos morts et levez vous


on parle d'un million et demi d'oliviers
que les forces d'occupation israéliennes (colons et armée) auraient brûlés ou déracinés depuis 2000